‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 287 sur 376 · LA TOUR DE BINGEN · texte numérisé non relu

LA TOUR DE BINGEN

menté de devoir quitter mon logis actuel. La plus grande partie de la maison dont je n'occupais que deux chambres avait été louée pour l'été à une famille qui y entrerait armée d'un piano. Cependant, on me déconseilla bientôt de faire davantage ma cour au duc de Nassau ; la situation de ce petit château le rendait humide et malsain.

Je n'en continuai pas moins à chercher de tous côtés la maisonnette isolée, entourée d’un jardin, où j aurais aimé vivre. Dans les courses que j'entreprenais à travers le pays avec cette idée en tête, j'étais souvent accompagné soit par Weisheimer, soit par Staedl, le jeune juriste qui, chez les Schott, avait porté un si joli toast en mon honneur. Ce docteur Staedl était un personnage fort bizarre, amateur passionné de la roulette à Wiesbaden, ce qui expliquait l'agitation de ses manières. Il me fit faire la connaissance d'un de ses amis, le docteur Schuler, deWiesbaden, fort bon musicien. A nous trois, nous pesions toutes les chances que je pourrais avoir de découvrir le manoir de mes rêves. Un jour, nous visitâmes ensemble Bingen, avec la vieille tour célèbre qui, au temps jadis, a servi de prison à l’empereur Henri IV.

Après avoir escaladé la colline rocheuse sur laquelle elle s'élève, nous montâmes jusqu'à son quatrième étage. Il s'y trouve une vaste pièce carrée occupant tout l'intérieur de l’édifice. De sa seule fenêtre en encorbellement, on a vue sur le Rhin. Je ieconnus là l'idéal que je cherchais ; au moyen de quelques rideaux, on pourrait pratiquer les cabines nécessaires et j'aurais ainsi un logement délicieux. Staedl et Schuler, qui étaient en relations avec le propriétaire de la ruine, pensaient qu il leur serait pos-

Page 1