PROJET DÉFINITIF DF.S« NIEBELUNGEN
jouissant d’une rente annuelle de huit cents thalers aussi longtemps qu’elle me fut nécessaire.
Cette circonstance heureuse et encourageante fit immédiatement naître en moi le souhait de réaliser mon ancien projet des Niebelungen sans me soucier de l’exécution plus ou moins possible de ses différentes parties sur nos scènes théâtrales. Avant tout, cependant, il fallait me libérer de mon engagement avec l’intendance de Weimar. J’avais déjà touché deux cents thalers des honoraires fixés. Cari rayonna de pouvoir mettre sur-le-champ cette somme à ma disposition, afin de la rendre. J’envoyai donc cet argent à l’intendance weimarienne en y joignant mes remerciements de sa bienveillance à mon égard; j’adressai aussi à Liszt une lettre où je lui expliquais en détail mon grand projet et l’obligation intime qui me poussait à agir de la sorte. Dans sa réponse, Liszt ne témoigna que de la joie de me savoir prêt à commencer une œuvre si grandiose : il semblait trouver ce plan digne de moi, ne fût-ce que par son originalité.
Alors, je respirai réellement. La pensée de devoir livrer mon Jeune Siegfried à des acteurs non préparés, bien qu’appartenant au meilleur théâtre allemand, m’avait tourmenté comme si l’engagement signé avait été un véritable mensonge envers moi-même.
Le séjour à Albisbrunn me devenait de plus en plus pénible ; j’étais pris du besoin de travailler et, ne pouvant le satisfaire, mon agitation s’accrut de façon inquiétante. Ma cure était totalement manquée et son effet, une aggravation de ma nervosité. Par entêtement, je refusai cependant d’en convenir. Les sécrétions radi-