MORSURE D’UN CHIEN (AOÛT 1S
Schott, qui avait fait mainte difficulté pour me payer les derniers subsides, refusa définitivement de m’en envoyer de nouveaux. Il est vrai que depuis mon départ de Vienne j’avais eu recours aux seules avances de mon éditeur pour régler l’installation de ma femme à Dresde, mon propre emménagement à Biberich et différentes dettes cachées à Paris. Malgré ces dépenses qui avaient bien absorbé la moitié de ce qui m’avait été alloué pour les Maîtres Chanteurs , j’espérais qu’avec le reste de la somme je pourrais finir mon opéra en paix. Schott m’avait fait prendre patience jusqu’à l’époque où il réglerait ses comptes avec les libraires. Et il avait fallu me tirer d’affaire tant bien que mal. Mais il me semblait que tout irait parfaitement aussitôt que j’aurais remis à Schott un acte terminé de mes Maîtres Chanteurs. J’en étais déjà à la scène où Pogner présente Walter de Stolzing aux maîtres chanteurs, lorsque, vers la mi-août, et les Bülow étant encore chez moi, un accident qui avait paru de peu d’importance me mit dans l’impossibilité d’écrire durant deux mois entiers.
Mon maussade propriétaire tenait à la chaîne un bouledogue nommé Léo. On ne prenait aucun soin de la pauvre bête, aussi en avais-je grand'pitié. Or, un jour, ayant voulu le faire laver pour le débarrasser de sa vermine, je tenais l’animal par la tête, afin que la domestique chargée de la besogne n’eût pas peur. Malgré la confiance que le chien me témoignait, il me happa involontairement la première phalange du pouce de la main droite. Cela ne semblait rien du tout ; on ne voyait pas même de blessure, mais bientôt je dus constater que la