‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 306 sur 376 · VISITE A SCHOTT A KISSINGEN · texte numérisé non relu

VISITE A SCHOTT A KISSINGEN

meurtrissure avait provoqué une inflammation du périoste. Et comme la douleur augmentait quand j’écrivais, on m’ordonna de ne plus me servir de ma main jusqu’à guérison complète. Les journaux racontèrent que j’avais été mordu par un chien enragé, et quoique le cas ne fût pas aussi grave, j’eus pourtant tout le loisir de réfléchir sérieusement à l’infirmité humaine. Pour achever mon œuvre, il ne me fallait pas seulement la santé de l’esprit, l’inspiration et le « métier », mais encore un pouce bien portant ; car il était impossible de dicter ma musique comme on dicte un poème. Pour livrer au moins quelque « marchandise » à Schott, je suivis le conseil de Raff qui trouvait qu’un cahier de romances de ma composition valait bien un millier de francs, et en attendant de lui envoyer les Maîtres Chanteurs , j’offris à mon éditeur cinq poésies de mon amie Mme Wesendonck. Je les avais mises en musique au temps où je m’occupais des études sur Tristan.

Ces romances furent acceptées et éditées ; mais Schott ne s’en montra pas plus coulant. Je finis par supposer qu’on l’excitait contre moi, et pour aller au fond des choses et en tirer mes conclusions, je me rendis à Kissingen où il faisait une cure. Il me fut impossible de lui parler. Sa femme veillait à sa porte comme un ange gardien, et pour me défendre d’entrer elle prétendit que son mari avait une violente crise hépatique. J’en savais assez. J’acceptai quelque argent que le jeune Weisheimer avait lui -même demandé à son riche père, puis je réfléchis à ce que j’allais faire. Ne pouvant plus compter sur Schott, je perdais l'espoir d'achever mes Ma lires Chanteurs en toute tranquillité

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