‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 328 sur 376 · VISITE AUX BULOW A BERLIN · texte numérisé non relu

VISITE AUX BULOW A BERLIN

villa. M. Schuler, l’ami du jeune Staedl, devait, en sa qualité de juriste et d’homme d’affaires, prendre la chose en main. On établit un devis ; la réalisation de mon projet ne dépendait que des recettes que me rapporterait ma tournée en Russie. Comme, d’autre part, j’étais forcé, quoi qu’il arrivât, de quitter mon logis actuel à Pâques, je fis emballer tout mon mobilier et l’envoyai chez le tapissier de Wiesbaden, auquel je devais encore la plus grande partie des meubles qu’il m’avait fournis.

Puis, rempli des meilleures espérances, je me mis en route pour Berlin, où je m’arrêtai chez les Bülow. Cosima fut ravie de me revoir. Elle devait bientôt accoucher, mais cela ne l’empêcha pas de m’accompagner à l’École de musique pour y retrouver Hans. J’entrai dans une longue salle au bout de laquelle celui-ci donnait précisément une leçon de piano. Comme je restais silencieux près de la porte, il se fâcha et bondit soudain vers l’intrus ; alors seulement il me reconnut et éclata d’un rire joyeux. Nous convînmes de déjeuner ensemble et, en attendant, je fis avec Cosima une délicieuse promenade dans le beau landau de V « Hôtel de Russie », dont nous ne nous lassions pas d'admirer l’élégant capiton en soie grise. Bülow avait craint de me laisser voir sa femme dans sa grossesse, parce qu’une fois, à propos d’une autre dame de notre connaissance, je lui avais exprimé l’éloignement que m’inspirait cet état. De pouvoir le rassurer au cas particulier me mit de fort bonne humeur, car, en Cosima, rien n’aurait su me déplaire. Mes amis m’accompagnèrent à la gare ; ils partageaient mon espoir et se réjouissaient de cœur du changement de ma

Page 1