‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 332 sur 376 · RÉCEPTION CHEZ LA GRANDE-DUCHESSE HÉLÈNE · texte numérisé non relu

RÉCEPTION CHEZ LA GRANDE-DUCHESSE HÉLÈNE

cette dame m'eût contenté, car je rencontrai en elle une femme d’une culture achevée, de grand jugement et de noble maintien ; mais l’intérêt manifeste qu’elle me témoigna fut toujours accompagné d’une certaine inquiétude qui paraissait se rapporter à la grande-duchesse. Mlle de Rhaden semblait sentir que quelque chose devait être fait pour moi, quelque chose de plus important que ce qu’elle pouvait attendre de l’esprit et du caractère de sa maîtresse.

Cependant, je n’arrivai pas tout de suite jusqu’à la princesse Hélène ; auparavant je fus invité chez la dame du palais à une soirée à laquelle devait prendre part la grande-duchesse. Antoine Rubinstein avait été chargé d’en faire les honneurs artistiques : il me présenta à la dame du palais et celle-ci se hasarda alors à me conduire vers sa maîtresse. La conversation marcha assez bien, et bientôt après, je recevais une invitation directe au thé intime de la grande-duchesse. Outre Mlle de Rhaden, j’y vis la seconde dame d’honneur, Mlle de Stahl, ainsi qu un vieux monsieur cordial, qu’on me dit être le général deBrebem, ancien ami de Son Altesse. Il faut croire que Mlle de Rhaden avait bien travaillé en ma faveur, car la grandeduchesse manifesta le désir de m’entendre lire mon poème de Y Anneau des Niebelungen. N’en ayant pas d’exemplaire sur moi, mais sachant que Weber à Leipzig en avait terminé l’impression, je lui télégraphiai d’envoyer sur-le-champ à la cour princière les feuillets terminés. Pour le moment, mes protecteurs durent se contenter d’une lecture des Maîtres Chanteurs. La grande-duchesse Marie y assista aussi : belle encore et de taille distinguée,

Page 1