‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 34 sur 376 · ESPOIR D’UN REVIREMENT POLITIQUE · texte numérisé non relu

ESPOIR D’UN REVIREMENT POLITIQUE

Pour moi, c’était le résultat d’une poussée sociale qui, malgré son échec politique, n'avait rien perdu de son énergie ; le mouvement semblait même s’être développé davantage. Ma conviction s’étayait sur les constatations que j’avais faites lors de mon dernier séjour à Paris. Ayant assisté à une assemblée électorale de ce qu’on nommait le parti social démocratique, j’en avais été fortement impressionné. La séance avait lieu dans la grande salle provisoire de la « Fraternité », au faubourg Saint- Denis, et la tenue digne, éloignée de tout genre tumultueux, des six mille hommes présents me donna une idée fort avantageuse de l’esprit sûr et concentré de ce jeune parti. Les harangues des orateurs qui appartenaient à l’extrême gauche de l’Assemblée nationale, m’avaient surpris autant par leur belle envolée rhétorique que par la fermeté des opinions émises. Comme ce parti vraiment extrême s’augmentait de tous les citoyens qui se ralliaient à l’opposition contre la réaction régnante et que les éléments autrefois simplement libéraux devenaient franchement démocrates, il était à prévoir qu’à Paris du moins, ce parti l’emporterait dans les élections de 1852, lorsqu’on nommerait un nouveau président de la République.

Mes suppositions étaient du reste partagées par toute la France et on s’attendait à ce que cette année 1852 amenât un revirement extraordinaire de toutes choses : les conservateurs craignaient beaucoup ce revirement et le voyaient venir avec terreur. La situation des autres États européens où toute tentative libertaire avait été écrasée avec une brutale ineptie, donnait lieu de croire que la situation actuelle ne serait nulle part de longue

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