‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 33 sur 376 · K T A T D’ESPRIT PRÉSOMPTUEUX · texte numérisé non relu

K T A T D’ESPRIT PRÉSOMPTUEUX

C’est dans cet état d’âme et de santé que je reçus le premier exemplaire imprimé de V Opéra et le Drame; je l’accueillis avec une joie presque excentrique et le dévorai plutôt que je ne le lus. Ce qui contribuait surtout à me jeter dans ce ravissement, c’était la certitude d’être délivré à jamais, avec l’approbation (forcée, il est vrai) de Minna, de l’obligation de rentrer dans ma carrière si douloureuse de maître de chapelle et de compositeur d’opéra. Nul n’exigeait plus de moi ce qui, deux ans auparavant, m’avait rendu si malheureux. Le subside de la famille Ritter m’assurait le nécessaire et me laissait toute ma liberté ; ce sentiment me mettait dans une disposition d’esprit si heureuse que je considérai en vrai présomptueux ce que j’allais entreprendre.

Quoique les mauvaises conditions théâtrales du moment semblassent enlever tout espoir de voir mes œuvres artistiques exécutées en public, je n’en conservais pas moins la conviction intime de ne pas écrire pour moi seulement. J’admettais qu’un grand bouleversement allait s’opérer dans nos aspirations musicales aussi bien que dans notre vie sociale et qu’il en résulterait de nouveaux besoins auxquels répondraient précisément les œuvres dont je venais d’esquisser le plan audacieux. Je ne pouvais pas, bien entendu, initier mes amis à ces espoirs téméraires, nés du jugement que je portais sur l’état général du monde d’alors. L’insuccès complet des derniers mouvements politiques ne m’avait pas troublé ; au contraire, je croyais être sûr que cet insuccès ne provenait que du manque de clarté avec lequel on avait reconnu les causes premières de la Révolution

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