DESTINÉE MALHEUREUSE DE FRÉDÉRIQUE MEYER
finalement Mathilde chargea son amie Louise Wagner de me donner nettement et sensément le conseil de divorcer d'abord. Pour le reste, il serait ensuite facile de s’entendre. Horriblement effrayé, je retirai sur-le-champ ma proposition, que je déclarai irréfléchie et je m’efforçai de calmer les émotions qu’elle avait provoquées.
D’autre part, Frédérique Meyer continuait, sans qu’elle le voulût, à me préoccuper par la destinée bizarre et incompréhensible qui était la sienne. Elle avait passé plusieurs mois à Venise et s’en était trouvée fort bien, paraît-il. De Pétersbourg je lui avais demandé de venir me retrouver à Berlin chez les Bülow ; sachant l’intérêt amical que lui portait Cosima, je pensais examiner avec celle-ci de quelle manière on pourrait aider notre amie à sortir de sa position critique. Elle ne parut point au rendez-vous et m’écrivit que sa santé étant très atteinte et entravant sérieusement sa carrière théâtrale, elle s’était retirée à Cobourg chez une amie. De temps' en temps, elle jouerait sur la petite scène de cette ville et subsisterait par ce moyen. Pour bien des raisons, je ne pouvais lui adresser l’invitation que j’avais faite à Mathilde Maier. Elle nourrissait pourtant le vif désir de me revoir, ne fût-ce que pour un instant ; ensuite, elle me laisserait en paix pour toujours, m’assurait-elle. Jugeant inutile et imprudent d’acquiescer tout» de suite à sa demande, je lui laissai l’espoir de nous retrouver plus tard. Dans le courant de l’été, elle réitéra son souhait des différents lieux où elle demeurait, jusqu’à ce qu’enfin, devant me rendre en automne à Carlsruhe pour un concert, je lui proposai un rendez-vous dans cette ville.