MÉPRISE DE MATHILDE MAIER
coup de temps. C’est alors que débutèrent mes rapports avec la maison Philippe Haas et fils, qui devaient avoir des conséquences si funestes. En attendant, tous les soins qui tendaient à rendre mon logis plus agréable me mettaient en joie. Ma salle de musique était prête : le grand piano y avait été monté et les parois étaient ornées de différentes gravures d’après Raphaël, qui m’étaient revenues du partage de Biberich. J’eus une surprise le soir du 22 mai : la Société chorale des commerçants vint me donner une sérénade aux lampions ; une députation d’étudiants s’y était jointe et l’on m’adressa des discours enflammés. J’avais veillé à ce qu’on servît du vin et tout se passa à merveille. Le ménage Mrazek tenait très convenablement mon logis et le talent culinaire d’Anna me permit même d’inviter plusieurs fois Tausig et Cornélius à ma table.
Malheureusement, mon repos fut encore troublé à diverses reprises par les violents reproches de Minna qui trouvait à redire à tout ce que je faisais. Ayant résolu de ne plus lui répondre directement, je m’adressai à sa fille Nathalie (qu’elle n’avait toujours pas reconnue) et la renvoyai à nos conventions de l'année précédente.
Pourtant je ressentais vivement la privation de soins féminins, et c’est ce qui me poussa à écrire à Mathilde Maier à Mayence en lui demandant naïvement de venir vivre auprès de moi afin de parer à ce qui me manquait. Je croyais cette amie assez sensée pour qu’elle comprît mon offre sans arrière-pensée. Sans doute je ne m’étais pas trompé, mais je n'avais pas tenu compte des idées de sa mère et de son entourage bourgeois. Ma proposition semble leur avoir causé une agitation telle que