PREMIER CONCERT A CARLSRUHE (NOVEMBRE
Le premier concert, le 14 novembre, me causa déjà des ennuis, car le baryton Hauser, chargé de chanter les Adieux de Wotan et V Air du cordonnier de Hans Sachs, était malade ; je dus me contenter d’un chanteur de vaudeville ayant de la routine, mais point de voix, ce qui, au dire d’Édouard Devrient, était d’ailleurs sans conséquence. Je n’eus avec ce dernier que des rapports exclusivement officiels ; néanmoins il se conduisit fort correctement et avait veillé à une installation de l’orchestre telle que je la désirais. Les musiciens jouèrent on ne peut mieux, de telle sorte que le grand-duc, qui m’avait reçu avec bienveillance dans sa loge, demanda une répétition du concert pour huit jours après.
Instruit par l’expérience, j’exprimai des doutes sur la réussite de cette répétition ; je savais que la forte affluence d’auditeurs en pareille occasion n’est due qu’à la curiosité, les véritables connaisseurs ne formant toujours qu’une minorité. Mais le grand-duc voulait absolument offrir cette distraction à sa belle-mère, la reine Augusta, qu’on attendait à Carlsruhe. Je dus céder. Comme il m’était pénible de passer ce temps de l’attente tout seul et inoccupé dans mon hôtel, j’acceptai avec plaisir d’aller rejoindre Marie Kalergis (devenue Mme Moukhanofï) à Baden-Baden où elle demeurait et où elle était retournée après avoir assisté à mon concert. Mon amie m’attendait à la gare et m’offrit de m’accompagner en ville ; je crus devoir décliner cet honneur, car je ne trouvais pas ma tenue assez convenable, avec mon chapeau de brigand calabrais, « Nous portons tous ici des chapeaux de brigand », me répliquat-elle, et, prenant mon bras, elle m’emmena chez Pauline