LA REINE AUGUSTA
Viardot où nous devions dîner, car elle-même Savait pas encore fini de monter sa maison.
Chez ma vieille amie, je fis la connaissance du poète russe Tourguéneff ; quant à M. Moukhanoff, sa femme me le présenta non sans une certaine inquiétude. Que penserais-je de son mariage? Secondée par son entourage de mondains routinés, elle s'efforça de soutenir une conversation passable en ma présence.
Très heureux des bonnes intentions de ma protectrice, je quittai Baden pour profiter de mon temps libre en poussant une pointe jusqu’à Zurich où je pensais me reposer quelques jours dans la famille Wesendonck. Je parlai ouvertement de ma situation à ces amis, mais je ne vis pas germer en eux l’idée de me venir en aide. Je retournai donc à Carlsruhe où, le 29 novembre, je dirigeai mon concert devant une salle peu garnie, ainsi que je l’avais prévu. Le couple grand-ducal se figurait que la présence de la reine Augusta suffirait à me distraire de toute impression désagréable. On me fit appeler dans la loge de la cour, où la reine, entourée de tous les princes et le front orné d’une rose bleue, devait me décerner les éloges que la cour badoise attendait avec curiosité et impatience ; mais lorsque la noble dame, ayant exprimé quelques banalités, dut aborder la question de ma musique, elle céda la parole à sa fille, disant qu’elle la croyait mieux au fait qu’elle-même.
Le lendemain, on m’envoya ma part de la recette qui, déduction faite des frais, se borna à cent florins. Je les employai aussitôt à m’acheter une pelisse qui coûtait cent dix florins, mais ayant marchandé et avancé que