‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 355 sur 376 · J’ARRIVE CHEZ LE PRINCE DE HOHENZOLLERN · texte numérisé non relu

J’ARRIVE CHEZ LE PRINCE DE HOHENZOLLERN

la rencontrâmes sur le grand escalier ; puis l’audition ayant repris son cours, et le vestibule étant désert, nous restâmes longtemps ensemble, assis sur une marche de l’escalier, à causer cordialement avec cette vieille amie.

Après le concert, il nous fallut nous rendre chez Weitzmann pour un souper dont le menu copieux nous mit dans un désespoir presque furieux, nous qui aspirions à la solitude de l’âme et des pensées. Enfin, cette journée s’acheva. Après une nuit passée chez les Bülow, je poursuivis mon voyage. En quittant Cosima, je me rappelai l’adieu si émouvant qu’elle m’avait fait à son départ de Zurich. J’avais l’impression que le temps écoulé depuis lors n’était qu’un mauvais rêve qui disparaissait sous les sensations de ces deux jours mémorables et décisifs de mon existence. Si autrefois la crainte mystérieuse d’être incompris m’avait forcé au silence, aujourd’hui, il m’était tout aussi impossible de rendre par la parole ce que nous nous étions dit par ce silence.

Le maître de chapelle Seifriz m’attendait à une station silésienne et me conduisit à Lœwenberg dans un carrosse du prince. Le vieux duc de Hohenzollern- Hechingen, que son amitié pour Liszt avait disposé en ma faveur, savait ma situation précaire par Henri Porges, qui avait séjourné quelque temps chez lui. Ma tâche était de donner un concert privé dans son modeste château. Le prince me reçut amicalement et m’installa au rez-de-chaussée de la maison, dans un appartement où il se faisait souvent conduire dans son fauteuil roulant,

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