CONCERT DE BULOW
Les Bülow, qui m’attendaient, me prièrent instamment d’interrompre mon voyage vers la Silésie et de leur accorder une journée au lieu de faire le trajet d’un seul trait ainsi que j’en avais eu l’intention. Hans désirait surtout me voir assister au concert qu’il dirigeait le soir même et c’est ce qui me décida un peu à rester. Le temps était triste et froid et, tout en nous entretenant de mon affreuse situation, nous nous efforcions de garder notre bonne humeur. Pour augmenter mes fonds, nous résolûmes de charger notre vieil ami Weitzmann de vendre la tabatière en or du grand-duc. Pendant que je dînais avec les Bülow à Y « Hôtel de Brandebourg », on m’apporta les quatre-vingt-dix thalers qu’il en avait obtenus. Ce « fortifiant » de mon existence donna lieu à nos nombreuses plaisanteries.
Bülow ayant à s’occuper des préparatifs de son concert, je me promenai de nouveau seul dans une belle voiture avec Cosima. Alors le silence remplaça les badinages; les yeux dans les yeux, nous nous sentions vaincus par le désir impérieux de nous avouer la vérité ; nous n’avions pas besoin de parler pour comprendre le malheur infini qui nous accablait. Cet aveu muet nous soulagea. Un apaisement profond nous permit d’assister sans oppression au concert. Je fus même assez maître de moi pour prêter une véritable attention à l’exécution fine et entraînante de la petite Ouverture de concert (en ut majeur) de Beethoven, de même qu’à Y Ouverture de Paris et Hélène de Gluck, que Hans avait remaniée avec infiniment de délicatesse. Alwine Frommann se trouvait également au concert ; pendant la pause nous