‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 357 sur 376 · CONCERT A BRESLAU · texte numérisé non relu

CONCERT A BRESLAU

Weimar, et qui m’était recommandé par Liszt, avait organisé un concert pour moi. Malheureusement, ainsi que je m’y étais attendu, toute l’affaire avait été pitoyablement mise en train et j’en ressentis une impression de grande tristesse et de découragement.

Le local était affreux : c’était une salle de brasserie dans le fond de laquelle se dressait une scène de théâtre d’été que fermait un rideau d’une horrible vulgarité. Il me fallut y faire construire une estrade pour l’orchestre, et je fus si dégoûté de l’entreprise que je failüs renvoyer sur-le-champ les musiciens qui, du reste, ne m’inspiraient aucune confiance. Mon pauvre ami Damrosch, fort effrayé, me promit de neutraliser l’abominable odeur de tabac répandue dans la salle. Quoiqu’il ne pût m’offrir aucune garantie sur le rendement des recettes, je me décidai à diriger ce concert afin de ne pas trop le compromettre. A mon étonnement, la salle, surtout dans les premières rangées, se garnit presque uniquement de juifs et je dus constater que si le concert me valut un certain succès, je ne le devais qu’à l’enthousiasme de cette classe de la population ; je m’en rendis compte le lendemain au dîner que Damrosch organisa pour moi et où il n’y eut que des juifs. Sortant du concert, le soir, j’avais été frappé comme du reflet d’un monde meilleur en voyant tout à coup Mlle Marie de Buch devant moi. Accourue avec sa grand’mère du domaine des Hatzfeld pour assister à mon audition, elle avait attendu, dans un semblant de loge formée de quelques planches, le départ du public, car elle voulait me saluer au passage. A la fin du dîner de Damrosch, la jeune dame revint me trouver

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