‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 358 sur 376 · HENRIETTE DE BISSING · texte numérisé non relu

HENRIETTE DE BISSING

en costume de voyage, et me témoigna encore la grande sympathie qu'elle éprouvait pour ma triste situation. De retour à Vienne, je lui écrivis et la remerciai de cette attention ; elle me répondit en me demandant un feuillet d’album. Sous l’impression de l’état d’âme dans lequel j’avais quitté Berlin, je le lui envoyai en y ajoutant ces quelques mots de Calderon : « Ce qu’il est impossible de taire et impossible de dire 1 « De cette manière heureusement ambiguë, je croyais faire part à un être ami du sentiment qui seul vivait encore en moi.

A Breslau, une nouvelle rencontre avec Henriette de Bissing eut des résultats fort différents. Elle m’avait suivi et était descendue dans le même hôtel que moi. Mon air malade lui inspirait sans doute grand'pitié pour moi et mes affaires. Je ne me gênai pas de lui confier l’état de ma situation et lui fis comprendre que cet état n’était que la conséquence du trouble où je me trouvais depuis mon départ de Zurich en 1858. Mes efforts incessants pour mettre un peu d’ordre dans mes conditions d’existence et retrouver les bases sûres d’une vie normale avaient été vains. Mon amie ne craignit pas d’imputer aux relations de ma femme avec Mme Wesendonck une grande part de la faute et elle se crut appelée à l’expier. Elle fut d’avis que je devais rester à Penzing, et souhaitait seulement qu’aucune entreprise du dehors ne vînt contrecarrer l’effet salutaire de ce repos. Elle ne voulut pas entendre parler de mon plan d’aller ce même hiver gagner de l’argent en Russie et s’engagea à me servir de sa propre fortune, très considérable il est vrai, la somme importante dont j’avais besoin pour

Page 1