‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 36 sur 376 · TOURNURE FÂCHEUSE DES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES · texte numérisé non relu

TOURNURE FÂCHEUSE DES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES

Pour nous narguer de nos anciennes illusions, j’engageai Uhlig à considérer le nouvel an de 1852 comme non avenu et je continuai à dater mes lettres de décembre 1851, de sorte que ce mois obtint une longueur démesurée. Mais je ne tardai point à devenir la proie d’une extraordinaire dépression morale. Elle résultait à la fois de la déception que m’avait causée la tournure des événements politiques et du malaise qui suivit ma cure hydrothérapique exagérée. De tous côtés reparaissaient dans la vie sociale les symptômes démoralisateurs et décevants dont nous avions essayé de nous délivrer par les révolutions des années précédentes. Je voyais le moment où nous serions descendus si bas, intellectuellement parlant, qu’un nouveau livre de Henri Heine serait salué comme un stimulant bienvenu. Et, en effet, voilà que peu de temps après, le Romanzero de ce poète, dont plus personne ne se souciait, vint jeter l’alarme dans les journaux avec le bruit dont Heine était coutumier. J en ris aux éclats. Je fais partie du nombre, sans doute très petit, des Allemands qui n’ont jamais ouvert cet ouvrage. Au demeurant, on ne le dit pas sans mérite. J avais assez à faire à m’occuper très sérieusement de ma santé fort affaiblie et je dus enfin me résoudre à suivre un traitement diamétralement opposé à l’ancien.

Toutefois ce changement ne se fit que peu à peu et sous 1 influence de mes amis. Leur cercle s’était agrandi dès le début de l’hiver. Pourtant Cari Ritter n’en était plus. Il avait tourné le dos à Albisbrunn huit jours après moi et essaye de s’établir dans mon voisinage; mais, lassé de Zurich qui n’apportait évidemment pas assez

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