MONSIEUR ET MADAME WESENDONCK
de distractions à sa jeunesse, il était bientôt retourne à Dresde.
En compensation, une famille Wesendonck qui venait de se fixer à Zurich, parvint à faire ma connaissance par l’entremise de Marschall de Bieberstein, mon ancien ami de la révolution dresdoise. Il m’avait succédé dans l’appartement de la maison Escher, que j’avais habité à Zurich les tout premiers temps de mon séjour. Ayant été, à cette occasion, invité chez lui, je me souviens qu’au cours de la soirée, je me laissai aller à une discussion d’une violence immodérée avec le professeur Osenbruck. Durant tout le repas, je ne cessai de l’irriter par mes paradoxes obstinés et enflammés, si bien que cet homme me prit positivement en horreur et évita dès lors anxieusement de me rencontrer.
La connaissance que je venais de faire de la famille Wesendonck m’ouvrait les portes d’une maison agréable qui se distinguait avantageusement des intérieurs zurichois. M. Otto Wesendonck, de quelques années plus jeune que moi, avait acquis une assez belle fortune comme associé d’une maison de soieries de New- York. Dans toutes les décisions importantes de la vie, il ne semblait se guider que d’après les goûts de sa jeune femme. Ils étaient originaires de la province rhénane et portaient tous deux la blonde empreinte de leur pays. Ayant dû se fixer dans une ville d’Europe profitable à sa firme américaine, Wesendonck avait choisi Zurich de préférence à Lyon, à cause de l’élément allemand sans doute. L’ann ée précédente, ils avaient assiste à 1 exécution d une symphonie de Beethoven que je dirigeais et la sensa-
LE « FLIEGENDER HOLLAENDER » A ZURICH 51
tion que ce fait avait produite à Zurich leur avait suggéré le désir de me voir dans le cercle de leurs relations.
Cet hiver-là, après le nouvel an, je me laissai encore persuader d'organiser trois concerts de la Société de musique. J’avais posé la condition que je pourrais y faire exécuter quelques morceaux exceptionnels avec des musiciens de renfort. Personnellement, j’éprouvais grand plaisir à pouvoir diriger, avec tout le soin voulu, la musique < YEgmonty ùe Beethoven. Herwegh souhaitant vivement entendre quelque chose de moi, nous jouâmes, en son honneur, l’ouverture de Tannhàuser dont j’avais expliqué les tendances dans un programme écrit à cette occasion. J’en fis de même pour l’ouverture de Coriolan, qui obtint aussi une excellente audition.
Mes amis prenaient une part si vive à tout cela que je finis par céder aux prières du directeur de théâtre Lœwe et lui promettre de surveiller une représentation du Fliegender Hollaender , ce qui m’obligea à de nouveaux rapports, désagréables, bien que momentanés, avec une troupe théâtrale. Je dois dire aussi qu’une considération humanitaire avait influencé ma décision, car la représentation devait être au bénéfice du jeune maître de chapelle Schceneck, que j’avais pris en affection à cause de son véritable talent de directeur.
L’effort que me coûta cette incursion dans la région des répétitions d’opéra, région que je ne connaissais plus, ne contribua pas peu à aggraver mon énervement. Souffrant à l’excès, je devins infidèle à mes principes radicaux à l’égard des médecins et, écoutant le conseil de Wesendonck, je me confiai aux soins du docteur