NÉCESSITÉ DE M’ENFUIR DE VIENNE
le payement de mes billets, il ne vit d’autre moyen que l’intervention d’un riche bienfaiteur qui indemniserait mes créanciers. Pendant quelque temps, il espéra obtenir les fonds nécessaires d’une Mme Schœller, femme d’un commerçant opulent et grande admiratrice de mes œuvres. Standhartner, pour lequel je n’avais point de secrets, crut également qu’il pourrait faire quelque chose de son côté. Ma situation demeura donc pendante durant quelques semaines, et alors mes amis me déclarèrent qu’ils arrivaient tout au plus à réunir la somme dont j’avais besoin pour m’enfuir en Suisse. Cette fuite paraissait absolument nécessaire. Là, je serais à l’abri des poursuites et je pourrais attendre qu’il me fût possible de dégager mes billets à ordre. Cette éventualité plaisait spécialement à l’homme de loi qu’était Édouard Liszt, car, de cette façon, il serait à même de faire punir les usuriers qui m’avaient si indignement exploité.
Pendant ces mois d’angoisse, qui, malgré tout, avaient été éclairés d’une vague espérance, mes relations avec mes amis étaient demeurées fort animées. Cornélius venait chez moi chaque soir, accompagné souvent de O. Bach, du petit comte Laurencin et, une fois, de Rodolphe de Lichtenstein. Avec Cornélius je me remis à lire Y Iliade; lorsque nous en fûmes au catalogue des vaisseaux, je voulus sauter le passage, mais Cornélius s’y opposa et offrit d’en faire la lecture lui-même. Je ne sais pas si nous parvînmes jusqu’au bout. Pour mon compte particulier, je lisais Y Histoire du comte de Rance de Chateaubriand, que Tausig m’avait apportée. Tausig lui-même disparut sans laisser de trace, puis il revint un