JULIE KUMMEK NÉE RITTER
de son prologue : Y Or du Rhin . De cette manière j'avais, les derniers jours de juin, versifié toute la tétralogie.
Dans mes moments de loisir, j'écrivis aussi la dédicace à Liszt de la partition de Lohengrin, de même qu'une réprimande en vers adressée à un critique non autorisé de mon Fliegender Hollaender ; je la fis paraître dans un journal suisse. Ma villégiature fut troublée par une fort désagréable affaire concernant Herwegh. Un jour, un sieur Haug, qui se disait ancien général romain du temps de Mazzini, se présenta chez moi afin de m'induire à entrer dans une sorte de complot organisé par une famille qu'avait outragée cet « indigne poète lyrique », ainsi qu'il qualifiait Herwegh. Je le congédiai sans l'écouter.
Une visite plus agréable et de plus longue durée fut celle de Julie, la fille aînée de mon amie vénérée, Mme Ritter. Elle avait épousé un jeune musicien de chambre de Dresde, nommé Kummer, et comme la santé de ce dernier semblait totalement perdue, ils étaient venus consulter un célèbre hydropathe qui faisait des siennes à quelques heures de Zurich. J'eus ainsi une bonne occasion de polémiser contre ce genre de cures, à la grande stupéfaction de mes jeunes amis qui me croyaient « enragé d'eau froide ». Cependant ayant abandonné le musicien de chambre à son sort, nous jouîmes, à la propriété Rinderknecht, de la présence de notre aimable jeune amie.
Satisfait du résultat de mes travaux et le mauvaistemps ne cessant pas, je me décidai à retourner en ville à la fin de juin, pensant attendre dans notre demeure plus confortable les beaux jours d'été, avant d'entreprendre un voyage pédestre à travers les Alpes. J'espérais
ASCENSION DU SIEDELHORN
que l’action en serait favorable à ma santé. Herwegh m’avait promis de m’accompagner; mais des affaires apparemment fort ennuyeuses le retenant à Zurich, je partis seul vers la mi-juillet, en lui donnant rendez-vous dans le Valais. Je commençai mon excursion par Alpnacht sur le lac des Quatre-Cantons ; je voulais la faire tout entière à pied en suivant un plan à moi, d’après lequel je laissais de côté les points principaux de l’Oberland et parcourais les montagnes par des sentiers peu fréquentés. Je procédai en conscience et grimpai, entre autres, sur le Faulhorn, dans l’Oberland bernois, ascension assez difficile à cette époque. Par la vallée du Hasli, j’arrivai ensuite à l’Hospice de la Grimsel et m’informai auprès de l’aubergiste, homme de robuste apparence, sur les moyens d’escalader le Siedelhorn. Comme guide, il me donna un de ses valets. Cet individu, d aspect rude et antipathique, me conduisit sur les champs de neige, non pas en suivant les zigzags habituels, mais en ligne droite, ce qui me fit soupçonner qu’il avait l’intention de m’épuiser. Sur la cime du Siedelhorn, je jouis de la vue admirable que présentent les colosses de l’Oberland quand on peut les contempler du sommet de l’un deux. Vers le sud, l’aspect subit des Alpes italiennes avec le mont Blanc et le mont Rose m’éblouit. Je n’avais pas manqué d’emporter une petite bouteille de champagne, à l’instar du prince Puckler dans son ascension sur le Snowdon, mais je ne sus à la santé de qui la vider.
Pour redescendre, mon guide se laissa glisser avec une rapidité vertigineuse sur les névés en s’aidant de son alpenstock; moi, je le suivis lentement, enfonçant