‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 50 sur 376 · CHANGEMENT DE RÉGIME · texte numérisé non relu

CHANGEMENT DE RÉGIME

belungen que je lui avais destiné, gisait inutile. J’en fis cadeau à mon filleul, le cadet de ses fils, auquel il avait donné le nom de Siegfried. Je priai sa femme de me faire parvenir ce qu’Uhlig avait laissé en fait d’écrits théoriques. Je reçus bien des choses importantes, parmi lesquelles ce traité sur la formation des thèmes, dont j’ai parlé.

Bien que la publication de ces études eût été pour moi un grand travail à cause des corrections indispensables, je demandai à M. Haertel, de Leipzig, s’il serait disposé à en payer de bons honoraires à la veuve. Il me répondit qu’il ne ferait pas pour rien cette édition, car les publications de ce genre n’étaient d’aucun rapport. Alors déjà je m’apercevais de la haine qui existait dans certains milieux contre tout musicien s’attachant à moi.

L’expérience de la mort d’Uhlig donna plus de poids à l’opposition que mes amis faisaient à mes théories hydrothérapiques. Herwegh réussit à persuader ma femme qu’après les fatigues des répétitions et des concerts dont je me chargeai encore cet hiver-là, elle devait m’engager à boire un verre de bon vin. Peu à peu, je repris l’habitude des excitants anodins tels que le thé et le café et mes amis remarquèrent avec plaisir que je redevenais un homme parmi les hommes. Le docteur Rahn-Escher, mon médecin, fut pendant nombre d’années un ami de la maison toujours bien accueilli ; par ses bons conseils, il se rendit maître de mes nerfs surexcités. Il donna une preuve de son jugement lorsque, vers le milieu de février, je me proposai de lire mon poème tétralogique à un grand cercle d’auditeurs et durant

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