‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 56 sur 376 · VISITE DE LISZT A ZURICH · texte numérisé non relu

VISITE DE LISZT A ZURICH

Zurich, mon grand ami y débarquait plein d’entrain. Et ce fut une de ces semaines de joie dont chaque jour et chaque heure renferme un riche trésor de souvenirs.

Je venais de m’installer au deuxième étage d’une des maisons Escher où jusqu’alors j’avais habité un rez-dechaussée horriblement étroit. Mme Stockar-Escher, copropriétaire de l’immeuble, femme d'un talent artistique personnel (elle faisait de l’aquarelle en amateur) et pleine d’enthousiaste dévouement pour moi, s’était efforcée de rendre ce nouveau logis très agréable. Le goût inné que j’ai pour les installations confortables avait été avivé par mon séjour dans l’établissement d’Albisbrunn et exaspéré par les privations. Je pus lui donner libre cours, car les commandes de plus en plus nombreuses de mes opéras avaient amené une amélioration inattendue dans ma situation pécuniaire. J’arrangeai donc mon logis aussi confortablement que possible, achetant sans retenue des tapis et des meubles neufs. Lorsque Liszt entra chez moi, il s’extasia sur ce qu’il appela ma « petite élégance ».

Pour la première fois, j’eus le plaisir d’apprendre à connaître le compositeur en mon ami. Nous parcourûmes avec ardeur plusieurs de ses morceaux pour piano, devenus célèbres plus tard, de même que quelques-unes des compositions symphoniques qu’il venait d’achever. J’eus l’occasion de dépeindre, dans une lettre à Mme de Wittgenstein et qui a été publiée, l’impression que j’éprouvai alors. Le plaisir que je ressentais pour tout ce que j’apprenais de Liszt était grand et sincère et surtout remarquablement stimulant. N’allais-je pas moimême, après une si longue interruption, m’adonner de

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