‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 58 sur 376 · PLAN D’UN VOYAGE EN ITALIE · texte numérisé non relu

PLAN D’UN VOYAGE EN ITALIE

laissai emporter par mon tempérament sanguin, et, mon imagination se mettant de la partie, je fis, dans ma réponse, des allusions non dissimulées à la possibilité de voir les éléments bourgeois de Zurich donner l’élan qui réaliserait mon grand idéal artistique. On crut, je pense, que j’entendais parler d’un épanouissement spécial des Sociétés chorales masculines de la ville et l’on se montra assez satisfait de mes prédictions hardies. En dehors de ce quiproquo dont j’étais seul coupable, je gardai de cette soirée et de ses suites une disposition d’esprit absolument bienfaisante et gaie.

Mais je n’arrivais toujours pas à me débarrasser de la crainte et de la timidité qui s’emparaient de moi chaque fois qu’après une longue interruption je voulais me remettre à composer. De plus, j'étais fortement fatigué par tout ce que j’avais fait et éprouvé, et l’instinct malheureux qui depuis mon départ de Dresde me poussait sans trêve à rompre définitivement avec mon passé et à rechercher des conditions nouvelles de vie, me tourmentait plus que jamais.

Je me figurai qu’avant d’entreprendre un travail aussi colossal que la mise en musique de mes Niebelungen, il me fallait tenter, une dernière fois, de me créer dans un autre milieu une existence plus en harmonie avec mes besoins intimes que ne l’était celle où j’avais dû accepter tant de compromis. Tout d’abord, je fis le plan d’un voyage en Italie et je pensais aller aussi loin que le permettait ma condition de réfugié politique. La réalisation de ce désir m’était rendue facile par les moyens que m’offrait mon ami Wesendonck, dont la sympathie ne

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