‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 65 sur 376 · LA PRINCESSE DE WITTGENSTEIN ET SA FILLE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DE WITTGENSTEIN ET SA FILLE

« Hoplit ». Je sortis donc subrepticement à sa recherche et le rejoignis dans la chambre écartée où, souffrant de violents maux de tête, il s'était déjà couché. Mon apitoiement sincère le réconforta si bien qu'il se prétendit soudain guéri ; il sauta hors de son lit, s'habilla hâtivement en acceptant mon aide et me suivit auprès de la société avec laquelle nous passâmes joyeusement une partie de la nuit.

La fête fut complète quand, le lendemain, arrivèrent les deux dames attendues. Pendant quelques jours, elles formèrent le centre de nos réunions. L'extrême vivacité de la princesse Caroline et la part ardente qu’elle prenait à tout ce qui nous enthousiasmait la rendaient irrésistible ; tous ceux qui, à cette époque, eurent l’occasion de l’approcher le certifieront. Témoignant le même intérêt aux questions les plus élevées qui nous occupaient et aux plus minces détails de nos relations personnelles avec le monde, elle provoquait chez chacun de nous une sorte d'extase qui animait au plus haut point nos meilleures facultés. Sa fille, âgée de quinze ans, nous charmait par son air rêveur. Sa toilette et sa tenue étaient d'une jeune fille à peine adolescente, aussi l'avais-je honorée du titre de 1' « Enfant ». Lorsque nos discussions ou notre gaieté devenaient trop vives et frisaient la pétulance, son œil sombre et rêveur conservait sa belle placidité, et nous sentions involontairement que dans les problèmes qui nous émouvaient, l'Enfant représentait la sagesse de l'innocence.

Il ne fut pas difficile de m'amener à faire la lecture de mes Niebeltmgen , car j'avais alors la faiblesse de les réciter

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