AU GRAND-OPÉRA. QUATUORS MORIN-CHEVILLARD
Alors enfin, Paris reprit ses droits. Mais tandis que ces dames parcouraient les musées, moi, je me retirai solitaire dans ma chambre, tourmenté par de désagréables maux de tête nerveux. Cependant, sur les instances de Liszt, je pris part à diverses distractions. Dès son arrivée, il avait loué une loge pour une représentation de Robert le Diable , pensant faire voir ainsi sous un aspect favorable le célèbre Grand-Opéra à ces dames. J'ai lieu de croire que mes amis ne furent pas exempts de la misérable humeur dont je fus assailli moi-même à ce spectacle. Mais Liszt avait encore d'autres intentions : il m'avait prié de venir en habit, et satisfait de ma bonne volonté à lui obéir, il m'engagea, dans l'entr'acte, à faire avec lui un tour au foyer. Il était clair qu'il se rappelait certaines soirées de jeunesse particulièrement animées passées dans ce foyer, et ces souvenirs le leurraient sur la tristesse de la soirée d'aujourd'hui. Sans trop savoir pourquoi nous avions entrepris cette promenade, nous retournâmes assez fatigués dans notre loge.
Une impression des plus stimulantes et presque comparable à celle que m'avait produite jadis la Symphonie avec chœurs exécutée par l'orchestre du Conservatoire, fut celle que je ressentis à l'audition des quatuors en mi bémol majeur et en ut dièze mineur de Beethoven, à laquelle nous avions été invités, mon ami et moi, par la Société des quatuors Morin-Chevillard. A ma très heureuse surprise, je reconnus de nouveau les avantages énormes du zèle intelligent par lequel les Français se rendent maîtres des trésors d'une musique qu'en Allemagne on traite encore si brutalement. A Paris seulement.