INSTRUMENTATION DE L' « OR DU RHIN » (28 MAI 1S
voulu noter. Cependant ces difficultés ne se manifestèrent pas encore dans YOr du Rhin. Le 16 janvier, toute la composition en était fixée et j’avais en même temps esquissé le plan des thèmes les plus importants qui forment l’architecture musicale de mon œuvre si touffue. Car il était nécessaire que les fondements thématiques de l’édifice fussent posés précisément dans cette grande introduction. Je me rappelle que durant ce travail ma santé s’améliora sensiblement et il ne m’est resté que peu de souvenirs de mon entourage à cette époque.
Dans les premiers jours de la nouvelle année, je dirigeai encore quelques concerts d’orchestre. Pour faire plaisir à mon ami Sulzer, on exécuta l’ouverture de Y Iphigénie en Aulide, de Gluck, après que je l’eus dotée d’un finale de mon cru. L’obligation de m’occuper de cette petite composition, que j’opposais aux finales de Mozart, me fournit matière à un article sur ce problème artistique et je le publiai dans la revue musicale de Brendel. Cela ne m empêcha pas toutefois de parachever la partition de 1 Oy du Rhin , que j’écrivis tout d’abord au crayon sur des feuilles détachées. Le 28 mai 1854, ^instrumentation en était terminée aussi.
Mes relations d’amitié avaient peu changé pendant ce temps ; j'avais continué d’agréable façon celles que je m’étais formées au cours des dernières années. Seulement, ma situation économique se retrouvait un peu gênée, car dans l’installation de mon intérieur, de même que dans ma manière de vivre, j’avais trop compté sur le maintien de l’augmentation des recettes de mes opéras. Les plus importants et les plus productifs théâtres de l'Allemagne
se tenaient encore à l'écart. Cette année spécialement, il me fut pénible de devoir constater que je n'arrivais à percer ni à Berlin, ni à Vienne. J'en eus des soucis qui me tourmentèrent pendant une grande partie de l'année. Pour chasser ces préoccupations, je me replongeai dans mon travail et au lieu de me borner à mettre au net Y Or du Rhin, j'attaquai tout de suite la composition de la W al kyrie. La première scène était achevée vers la fin de juillet, lorsqu'un voyage dans la Suisse méridionale vint m'interrompre à nouveau.
La Société fédérale de musique m'avait invité à diriger à Sion le festival de sa réunion annuelle. J'avais refusé tout en promettant, si les moyens étaient suffisants, dé diriger à l'un des jours de fête la Symphonie en la majeur de Beethoven. Par la même occasion, je pensais aller à Montreux, faire visite à Cari Ritter qui y séjournait avec la jeune femme qu'il venait d’épouser. Je m'y arrêtai à peu près huit jours, apprenant avec quelque inquiétude à connaître les singularités de ce nouveau ménage, où je ne pouvais découvrir les signes d'un bonheur durable. Puis, je partis avec Cari Ritter pour le Valais, où avait lieu la fête de musique. En chemin, à Martigny, un jeune homme fort original se joignit à nous. Je l'avais vu l’année précédente à Zurich à l'occasion de mes grands concerts et il m'avait été présenté comme musicien enthousiaste. C'était Robert de Hornstein. Mon jeune ami Ritter paraissait fort content d'avoir trouvé ce compagnon très amusant. Hornstein désirait tant suivre notre fortune qu'ayant entendu dire que je dirigerais la fête fédérale de musique, il était venu exprès de Souabe en Suisse.