‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 72 sur 376 · CARL RITTER ET ROBERT DE HORNSTEIN · texte numérisé non relu

CARL RITTER ET ROBERT DE HORNSTEIN

Mais cette fête avait été organisée si pitoyablement, de façon si peu digne d’une entreprise artistique, que j’emportai une impression absolument décevante du maigre orchestre jouant dans la petite église qui servait de salle de concert. Je m’indignai de l’étourderie avec laquelle je m'étais laissé prendre à pareille offre. Hâtivement, j écrivis quelques lignes au véritable directeur de la fête, le chef d orchestre Methfessel de Berne, et je pris congé de Sion sans autre cérémonie, cachant même à mes jeunes amis mon départ par la prochaine poste.

A propos de ces derniers j’avais des motifs particuliers d agir ainsi. Je n’ai pas oublié ces motifs, car ils pourraient former l’objet d’une étude psychologique. Lorsque, à midi, je m étais retrouvé à l’hôtel dans la compagnie de Ritter et de Hornstein, j’avais donné devant eux libre cours à 1 irritation où me jetait le manque absolu de sentiment artistique dans l’organisation de ce festival, et ma colère avait provoqué chez ces jeunes gens un fou rire de gamins qui dégénéra en impertinence. Je supposai que leur gaieté provenait de l’entretien qu’ils avaient eu sans doute à mes dépens. Mes remontrances et mon courroux même n’arrivant pas à les ramener à la bienséance, je quittai la saille à manger absolument stupéfait et m’occupai si secrètement de mon départ qu’ils ne s'aperçurent de rien.

J’allai passer quelques jours à Genève et à Lausanne, puis je revins à Montreux dire adieu à la jeune Mme Ritter. Près d’elle, je retrouvai Cari et son ami. Totalement dégrisés par mon départ subit, ils avaient quitté eux aussi la malheureuse fête et étaient rentrés à Mon-

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