‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 8 sur 376 · SITUATION DU JEUNE DE BÜLOW · texte numérisé non relu

SITUATION DU JEUNE DE BÜLOW

me voir à Zurich, ainsi qu’il me l’avait annoncé. Autant que je pus en juger, sa mère, alors divorcée de son pere, s’efforçait d’empêcher le fils de devenir musicien ; elle eût voulu le voir continuer ses études de droit et entrer dans le barreau ou la diplomatie. Mais les goûts et le talent du jeune homme le portaient vers la musique. Sa mère en autorisant Hans à aller chez son père lui avait, semble-t-il, particulièrement recommandé d éviter une rencontre avec moi. Apprenant que le père (maigre sa sympathie pour moi) le retenait également de partir pour Zurich, je supposai qu’il faisait ainsi une concession à sa femme divorcée et se gardait d’un nouveau conflit avec elle et cela bien que le sort de son propre fils fût en jeu.

Cette supposition, qui me remplit d’amertume contre Édouard de Bülow, était confirmée par le ton de la lettre où Hans me confiait la cruelle nécessité d’entrer les yeux ouverts dans une carrière qui lui répugnait et de se jeter, pour toute son existence, dans un désaccord moral qui briserait son âme. Je m’indignai contre de telles contraintes et n’hésitai pas à intervenir tout de suite. Je lui répondis par une lettre détaillée et énergique où je lui démontrais l’importance de la phase vitale qu il traversait. Le déchirement et le chagrin avec lesquels il s’était adressé à moi me donnaient le droit de lui faire comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement de sa future profession, mais de toute sa vie intellectuelle et morale. Je lui expliquai ce que je ferais à sa place, si je sentais en moi une impulsion irrésistible vers la carrière des arts et que je fusse prêt à surmonter les plus grandes difficultés et même les désagréments d’une brouille de

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