‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 80 sur 376 · ESQUISSE DE LA « WALKYRIE » (30 DÉC. 1S · texte numérisé non relu

ESQUISSE DE LA « WALKYRIE » (30 DÉC. 1S

même le quatuor en ut dièze mineur de Beethoven, ce qui me coûta d’innombrables répétitions et une dure persévérance. Pour leur programme, j’écrivis une petite introduction explicative à cette œuvre curieuse. Je ne sais pourtant si j’ai réussi, soit par mes explications, soit par l’exécution de la pièce au concert, à faire impression sur l’un ou l’autre des auditeurs. Si j’ajoute que le 30 décembre de cette année, l’esquisse de toute la Walkyrie était achevée, je crois en avoir dit assez pour faire comprendre combien mon activité était sérieuse et grande à cette époque ; je ne me laissai troubler par aucune distraction dans ma sévère manière de vivre.

En janvier 1855 déjà, je commençai l’instrumentation de la Walkyrie. Mais, dès le début, un travail intermédiaire vint m’interrompre. Par hasard, j’avais parlé à quelques amis de mon Ouverture de Faust, composée à Paris quinze ans auparavant ; ils souhaitèrent l’entendre. Leur désir m’engagea à revoir cette œuvre qui, à son temps, avait provoqué un revirement total de mes conceptions musicales. Quelques mois auparavant, Liszt l’avait fait exécuter à Weimar et m’en avait parlé en termes élogieux, tout en m’exprimant le souhait que certains passages qui n’étaient qu’ébauchés y fussent plus accentués. Je remaniai donc cette ouverture d’après les conseils très fins que m’avait donnés mon ami. C’est sous cette forme quelle a été publiée par Haertel à Leipzig. Je la fis ensuite étudier par notre orchestre et elle eut du succès, me semble-t-il. Seule ma femme eut l’impression que je n’y disais rien qui vaille, et lorsque je partis pour Londres, elle me pria de ne pas l’y faire exécuter.

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