‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 79 sur 376 · LE QUATUOR DE ZURICH · texte numérisé non relu

LE QUATUOR DE ZURICH

j'abandonnai Tannhâuser à son sort pour les représentations de Berlin. Elles devinrent pour moi un sujet de grande irritation à cause de la misérable exécution de mon œuvre, mais j'eus, du moins, la satisfaction de jouir de tantièmes assez importants qui pendant un certain temps tombèrent en rosée bienfaisante dans ma bourse.

C'est alors que la Société de musique de Zurich vint me redemander de participer à ses concerts d’hiver. Je promis mon concours, mais à condition qu'on s'occuperait sérieusement d’améliorer l’orchestre d’après mes idées. J'avais déjà envoyé aux membres de la Société deux projets sur la manière dont j'entendais créer un bon orchestre ; j’en élaborai un troisième, très détaillé, où j’expliquais amplement comment on pourrait y arriver, sans grands frais, en l'associant au théâtre. Je déclarai donc à la Société que ce serait la dernière fois que je m'occuperais d’elle cet hiver, si l’on ne se décidait pas à exécuter bientôt mes plans si peu coûteux.

En outre, j’embrassai les intérêts d’un quatuor qu'avaient formé les premiers musiciens de l’orchestre. Ceux-ci m’avaient prié de leur inculquer la véritable exécution des pièces que je leur avais recommandées. Je fus heureux de pouvoir procurer à ces gens des revenus accessoires assez considérables, grâce à la faveur que j’avais su leur amener de la part du public. Malheureusement leurs progrès artistiques n’avançaient guère et je m'aperçus que, dans leur jeu individuel, les nuances dynamiques ne pouvaient remplacer ce que donne aux musiciens une longue étude artistique de leur instrument. Je ne me risquai pas moins à leur faire étudier moi-

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