‹ Ma vie. III, 1850-1864Chapitre 82 sur 376 · TAN N HAUSER *> A ZURICH · texte numérisé non relu

TAN N HAUSER *> A ZURICH

donné la partition à tous les autres théâtres, sauf au sien, et de causer ainsi un vrai dommage à son entreprise, puisque je lui refusais cette faveur uniquement parce que je vivais à Zurich. Ma femme s'en mêla aussi, car les chanteurs des rôles de Tannhâuser et de Wolfram avaient eu recours à sa protection. Elle réussit à m'apitoyer sur l'un de ses protégés, un malheureux ténor jusque-là persécuté par la direction.

Je fis chanter plusieurs fois leurs rôles à ces gens ; puis il me fallut les surveiller aux répétitions, si bien que, de fil en aiguille, j'arrivai au pupitre de directeur où je dus vraiment rester pour la première représentation. J'ai surtout gardé de cette soirée théâtrale le souvenir de la cantatrice chargée du personnage d'Élisabeth; d'ordinaire, elle remplissait les rôles de soubrette : dans Tannhâuser , elle parut un éventail à la main et en gants blancs glacés.

Cette fois, j'en eus assez de toutes mes concessions et lorsque le public m’appela sur la scène, je déclarai sans me gêner à mes amis qu'on m'y voyait bien pour la dernière fois et que dorénavant ils n'avaient qu’à s'occuper tout seuls de leur théâtre, dont ils avaient justement pu constater la médiocre valeur. Ce fut un étonnement général. Je fis une déclaration semblable à la Société de musique où, avant mon départ, j'avais encore dirigé un concert, et véritablement bien le dernier.

Malheureusement, on crut que je plaisantais et on ne se donna pas la peine de faire mieux, de sorte que l’hiver suivant, je dus avoir recours à une explication sérieuse et presque impolie afin de me débarrasser une fois pour

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