PROMENADES DANS LONDRES
moi en me demandant l’autorisation d’arranger pour le piano ma partition de YOr du Rhin, mais pour des exécutants de premier ordre seulement. A mon regret, une grave maladie dont il souffrit longtemps, me priva de sa société, que j’aimais beaucoup.
Si Praeger et sa famille continuaient à me témoigner un grand attachement, j’avais trouvé aussi un véritable foyer auprès du singulier ménage Sainton-Luders. Une fois pour toutes, ils m’avaient invité à dîner chez eux, et j'allais presque toujours prendre mes repas chez ces amis sincèrement dévoués. C’est là que, très souvent, Praeger venait me retrouver quand je me reposais des tracas de mes occupations londoniennes. Parfois, le soir, nous parcourions ensemble les rues remplies de brouillard et Luders savait alors, par un excellent punch qu’il préparait dans un bar quelconque, nous infuser le réactif nécessaire aux mauvaises impressions de Londres. Mais un soir, nous nous \îmes séparés par la terrible cohue qui remplissait les rues : la foule accompagnait l’empereur Napoléon allant de Saint-James à Covent-Garden. Il était venu avec l’impératrice faire une visite à la reine Victoria pendant une phase critique de la guerre de Crimée, et je pus constater que la population anglaise comptait autant de badauds que celle des autres pays. Voulant traverser une rue pour me rendre de Haymarket à Regent-Street, je fus pris pour un de ces enragés curieux et traité comme tel avec force bourrades dans les côtes. Cette méprise évidente me mit de fort bonne humeur.
Si les grands désagréments que me valait la singulière hostilité existant entre Sainton et Anderson et