RELATIONS LONDONIENNES
entretenue par Costa, m enlevaient toute possibilité d’exercer une influence quelconque sur la Société, je fis pourtant quelques expériences amusantes à ce propos. Cet Anderson avait, grâce à la protection d un cocher attaché au service de la reine, réussi à devenir directeur de la Chapelle royale (Queen’s band). Mais il était si dépourvu de toute connaissance musicale que le concert annuel qu’il dirigeait se transformait chaque fois pour le pétulant Sainton en une fête du persiflage et du rire. J’appris là-dessus bien des choses comiques. A l’occasion de sa brouille avec Anderson, Sainton fit connaître au public que la grosse Mme Anderson (à cause de sa corpulence, je l’avais surnommée « Charlemagne ») avait accaparé et le rôle et les appointements d’un trompette de la cour. Je me rendis bientôt compte que mon joyeux ami, dans son plaisir à révéler les plaisants faits et gestes de cette clique invétérée, aurait sûrement le dessous ; je fus en effet témoin de la disgrâce dont il fut victime lorsqu’il s’agit de savoir qui devait céder, d’Anderson ou de lui. Preuve que dans la libre Angleterre les choses ne marchent guère mieux qu’ailleurs.
Notre petit cercle s’agrandit de façon très intéressante par l’arrivée de Berlioz, également appelé à Londres pour diriger deux concerts de la nouvelle Société « The New Philharmonie Society ». Le directeur ordinaire de cette Société était le docteur Wilde, homme extraordinairement bienveillant, mais d’une incapacité frisant le ridicule. Je ne sais quelles influences avaient fait placer au pupitre ce vrai Anglais joufflu qui avait dû prendre, chez Lindpaintner, à Stuttgart, des leçons particulières de