‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 179 sur 190 · MON RETOUR · texte numérisé non relu

MON RETOUR

froid se fit tellement sentir par rapport à ma blessure qui était trop sensible, qu’il me fut impossible d’y résister plus longtemps; je fus forcé d’entrer à l’hôpital de Lunéville, où je demeurai sans être malade ni de corps, ni d'esprit. Là, je me trouvai bien traité et ne manquai de rien suivant mon goût. Comme ce sont des sœurs qui gouvernent les malades, l’une d'elles, la sœur Ursule, s’intéressa beaucoup à ma situation et eut soin de moi.

Cependant je sortais de temps en temps pour aller me dissiper dans l’intérieur de la ville qui n'offrait rien d’agréable dans cette saison, si ce n’est que l’on y remarquait le château et le parc, autrefois résidence de Stanislas, roi de Pologne, qui se réfugia en France lors de la révolution et du partage de son malheureux royaume. Ce château est actuellement transformé en caserne pour les deux régiments de carabiniers.

Enfin, après m'être reposé 22 jours à Lunéville, le froid étant un peu radouci, je me remis en route le 19 janvier 4810, avec une douzaine d’autres militaires estropiés qui se rendaient comme moi, soit dans leurs foyers, soit à l’hôtel des Invalides.

La route se fit gaiement par Nancy, l’une des plus belles villes de France ; ensuite par Toul, Vaucouleurs, Joinville, Saint-Dizier et Vitry-le-François. Cette journée d'étape fut une des plus agréables que j'ai eues dans toute ma route: c'était le jour de saint Vincent, par conséquent la fête des vignerons qui se réjouissaient et ribottaient comme bons vivants dans cette petite ville de Champagne où le bon vin n’était pas cher.

A notre arrivée, nous fûmes tous bien accueillis chez les habitants où nous nous trouvâmes logés; nous fûmes également admis à leur bal de société où nous nous distinguäâmes aussi par une gaieté franche et par les danses étrangères que nous connaissions. C’est ainsi, mon ami, que J'éprouvai encore une journée de contentement en participant avec les habitants de Vitry aux récréations de leur fête, si bien que je passai la nuit à me divertir.

Le lendemain, je partis en voiture avec mes compagnons et nous continuâmes notre route par Châlons-sur-Marne, Epernay, Château-Thierry, la Ferté-sous-Jouarre, endroit

remarquable par les carrières où l’on tire une grande quantité de meules de moulins.]

Ensuite j'arrivai à Meaux, enfin à Saint-Denis où je me trouve maintenant seul, car tous mes compagnons de voyage ont pris chacun leur route, les uns pour se rendre à Paris, les autres ailleurs.

C'est ici, mon ami, que je termine naturellement l’époque de mes campagnes, de mes voyages et de mes aventures comme militaire. Ainsi voilà ma tâche remplie sous ce rapport. Demain je serai à Pontoise et alors il me faudra commencer une autre Carrière dans laquelle je vais d’abord me trouver novice, car je sens toute la différence des mœurs et habitudes du civil avec celles de l’état militaire d'où je sors.

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