‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 19 sur 190 · DEPUIS MON ENTRÉE AU RÉGIMENT JUSQU'A MON PASSAGE DU RHIN A MAYENCE · texte numérisé non relu

DEPUIS MON ENTRÉE AU RÉGIMENT JUSQU'A MON PASSAGE DU RHIN A MAYENCE

MoN ORIGINE. — MON GOUT MILITAIRE. — MoN SÉJOUR A L'ÉCOLE DE VERSAILLES.

Versailles, le 10 mars 1800.

Voici, mon ami, la première lettre que je t’écris. Je dois, avant de commencer la correspondance qui va s'établir entre nous, te dire quelque chose sur mon origine.

Je suis un enfant de troupe.

Je naquis, en 1786, à la Fère, en Picardie, département de l’Aisne, où mon père était alors au service dans le régiment de Grenoble-Artillerie.

Ma mère était fille d’un honnête brasseur de bière de Douay, en Flandre, département du Nord. Elle suivit mon père dans toutes ses pérégrinations.

J’ai été élevé au milieu des hasards et des vicissitudes de la vie.

Je parvins ainsi à l’âge de 14 ans, parmi les orages de la révolution, après avoir reçu une petite éducation de campagne à Franconvilile, puis à Magny (Seine-et-Oise)où mon pèreavaitétéenvoyéenrésidencecomme gendarme à cheval. Il voulut me faire apprendre un état et m’en laissa le choix ; mais de tous les états qu’il me fit valoir, aucun ne me convenait. Il s’était aperçu que j'avais un penchant pour le maniement desarmes, par l'usage que je faisais souvent malgré lui des siennes; je lui déclarai naïvement que c'était

l’état militaire que je préférais : alors mon père m’approuva et me seconda dans mes dispositions. l

Je fus donc proposé et accepté dans une Ecole nationale établie à Versailles, pour y être instruit aux divers exercices comme tous les élèves qui s’y trouvaient.

Me voilà donc à Versailles au gré de mes désirs ; c’est alors, mon ami, que je vais avoir du plaisir à te dire combien je suis content ; je suis déjà habillé en uniforme militaire, je monte la garde et je suis déjà fier quand je suis en faction, j'emploie bien mon temps et je profite de l'instruction que l’on me donne, j'apprends la musique, à jouer de la clarinette, à sonner la trompette, à lire, à écrire, à tirer des armes et à monter à cheval. Tous mes maitres sont contents de ma bonne volonté.

J'emploie mes heures de récréation en divertissement avec mes bons carnarades, je vais visiter et remarquer toutes les curiosités de Versailles et des environs. |

Mon père est venu me voir. Adieu, mon ami, je t’embrasse jusqu’à la prochaine.

P. S. — 11 part de l’École beaucoup d'élèves trompettes pour les régiments qui en ont besoin, je pense que mon tour ne tardera pas à arriver.

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