‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 52 sur 190 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

DEPUIS MON PASSAGE DU RHIN A MAYENCE JUSQU'A MON ARRIVÉE EN ITALIE ET CE QUI S'EN SUIT JUSQU’A VICENCE.

ÆEN ALLEMAGNE. — JE COMMENCE MA QUATRIÈME CAMPAGNE. — PILLAGE D’UNE FERME.

Du bivouac après Neubourg, le 9 octobre 1805 (18 Vendémiaire an XIV).

Mon cher ami, c’est après avoir déjà parcouru plus de 80 lieues de pays en Allemagne que je trouve le moment de te donner de mes nouvelles. Je te dirai d’abord qu’en passant le Rhin, notre musique est tombée dans l’eau, c'est-à-dire a élé réformée ; les gagistes ainsi que le maître de musique, n'étant point des soldats pour faire la guerre, ne voulurent pas passer le Rhin avec nous; les uns désertèrent et les autres demandèrent leur congé; en conséquence, je reste, ainsi que mes collègues, attaché comme trompette à la 2e compagnie dont je fais partie.

Nous voilà bien sur le pied de guerre, chacun s’est débarrassé des effets inutiles ; nos armes sont en état, nous couchons au bivouac, nous montons les grand’gardes aux avant-posles. Je suis content d’être sur les pays étrangers, où l’on nous laisse prendre quelques libertés et où l'on fait du remue-ménage ; je suis assez bien l’exemple des vieux chasseurs, il ne faut pas être honteux ni paresseux. Depuis que j'ai quilté la France, je me suis accoutumé à jargonner avec les paysans des endroits que j'ai parcourus ; la langue allemande me devient assez familière

à parler et à comprendre, je connais déjà les coetchs, les nouldll et les tanfnoudil. Mon plus grand désagrément, c'est que j’entre en campagne avec mon cheval blessé, comme je te l’ai déjà dit, d’un cor qui lui occasionne une plaie plus grande que la main sur les côtes ; néanmoins ma pauvre Bergère va loujours son train, mais je la changerai lorsque j’en trouverai l’occasion.

Maintenant revenons à l’ordre de notre marche :

Notre régiment faisant partie du 2 corps de la Grande Armée, se dirigea de Cassel, par Hoffein, Hochseim, et Francfort, qui est une belle grande ville sur le Mayn, où il passa cette rivière et se porta à Saxenhausen, Hayn, pays fertiles, Bobenhausen, Hochst, les environs de Milterberg, Amorbach, les environs de Vertheñn, Vurtzbourg, Bischotsheim, Mergentheim, Kirshberg, environs d’Inkelsbuhl, Oetting, Eichteitt. Pendant cette route qui ne fut qu’une course à cheval, que marches et contremarches sur la direction du Danube, nous ne vimes nullement lennemi, si ce n’est aux environs d’Eichteitt où notre division se prépara à le joindre, car vers les 6 heures du matin, je remarquai que notre régiment traversait un bois où l’on faisait observer le plus grand silence, et quand l’on déboucha du bois, l’on aperçut plusieurs vedettes ennemies qui annoncèrent notre présence par des coups de carabine. Alors le 6° régiment de hussards qui faisait division avec le nôtre, puis deux régiments d'infanterie et huit pièces de canon arrivèrent successivement se déployer et manœuvrer dans la plaine au débouché du bois. Le général Grouchy qui nous commandait, faisait ses dispositions comme si on allait se battre ; je n'avais jamais vu de bataille sérieuse, cela me sembla être beau à voir; mais mon attente fut trompée ce jour-là, l'ennemi ne se présenta pas. Ensuite notre division alla déboucher dans la plaine d’Ingolstadt qui est une ville considérablement fortifiée sur le Danube. Ce jour-là, notre régiment se réunit avec tous les régiments composant le 2e corps, ou armée de Hollande, sous les ordres du général en chef Marimont, et tout se porta sur Neubourg. C’est dans les environs de cette ville, que notre corps d'armée fit sa jonction avec d’autres corps de la grande armée de Boulogne.

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