‹ Ma vocation (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · M V VOC V'I'ION · texte numérisé non relu

M V VOC V'I'ION

dont je demeurais ébloui. Parvenu au premier étage et placé entre plusieurs portes fermées, j'ai couru à la porte du parloir que rien de particulier ne me signalait, et je Tai ouverte d'une poussée, délibérément.

— On croirait que tu es venu ici cent fois, m'a murmuré ma mère.

Je n'ai pas répondu. Je ne pouvais pas répondre. Enlevé à des hauteurs incommensurables, près des nuages, je n'appartenais plus ù la terre, et j'étais incapable de parler.

\ous nous asseyons dans le parloir. O joie!

nous sommes seuls... Nous atlendons..: Je promène des regards curieux de tous colés.

Devant nous, occupant le fond de la pièce étroite, plus longue que large, une vieille boiserie minutieusement essuyée, on dirait fourbie, a des luisants de miroir qui obligent ma mère à pencher la tête. Moi, j'affronte ces fulgurations sans en être le moins du monde incommodé. C'est dans 'ce cadre fait de lumière que ma cousine Clotilde, des religieuses de la Visitation de Notre-Dame, va se montrer, et la chose ne me surprend aucunement. N'est-il pas naturel qu'un monastère reçoive un reflet du ciel, auquel il doit ressembler.'^ 11 en seia ainsi du grand séminaire, j'en suis convaincu. Les murailles autour de nous, blanches, propres, nettes comme les nappes de l'autel, sont marquées d'inscriptions en petites lettres allongées, maigres, ascétiques :

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17a MV VOCATION

a Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. »

« Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. »

a Celui qui chérit sa cellule y trouvera la paix. »

a Je me suis éloigné, j'ai fui, et j'ai demeuré dans la solitudo. »

La boiserie grince. Un volet glisse dans une rainure. Ma mère sa lève. La sœur converse rencontrée à la porte nous soupire :

— On A a venir.

Je plonge des yeux indiscrets. Par une fenêtre ouverte je découvre, là-bas, des branchages entremêlés. Les cimes roussies d'une allée de tilleuls s'agitent. Le parloir intérieur confinant aux cellules des Visitandines donne sur un jardin. Il monte des odeurs balsamiques... solitude parfumée ! . . . De cet endroit où la nature mourante d'automne donne un dernier sourire aux pauvres cloîtrées de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantai, nous arrivent de vagues murmures de prière ; puis nous entendons un chant de cantique qui s'éloigne, s'éloigne, s'éloigne toujours... Je retiens ma respiration... La sœur converse introduit une petite clef brillante au trou d'une serrure, et une religieuse surgit au même instant dans le demi-jour du parloir.

— Ta cousine, me chuchote ma mère.

Je l'aurais reconnue entre mille, tant elle

ressemble à son frère, Pierre Sicard, lequel,

depuis la mort de mon oncle, dirige la maison

^ el fds. de Rédarioux. Ce sont les mêmes

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