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yeux noirs, le même nez légèrement aquilin. les mêmes lèvres serrées, le même front volontaire, entêté; seulement tcjut cela, qui. sans être dur chez mon cousin, ne dénonce pas un naturel des plus bienveillants, des plus commodes, se trouve tempéré, adouci chez ma cousine par je ne sais quelle pâleur transparente, quelle grâce idéale qui lui imbibe tout le visage, Tenveloppe d'une sorte de resplendissement très doux. Je n'en saurais douter, dans la solitude où elle vit, le céleste Epoux, qui a dû la visiter souvent, a pris ses traits un a un. les a remaniés, les a repétris, leur a insufflé cette beauté qui me frappe, cette beauté que la terre ne connaît pas, qui est le sceau imprimé par Dieu même a la perfection de la chair. — Quel âge a-t-elle.^ Je ne sais trop. Trente ans. peut-être. — Elle vient a nous paisiblement, très paisiblement. Elle ne se hâte pas plus qu'on ne se hâte au ciel où Ton a l'éternité devant soi. Dans mon impatience, je voudrais m'assurer si ses pieds bougent ; mais sa longue robe balaye le sol et recouvre ses pieds complètement.
— Bonjour, tante Rose.
C'est elle qui a parlé, en touchant la boiserie qui nous sépare. Sa voix est des plus faibles.
— Bonjour, Clotilde, répond ma mère. Comment vas-tu, ma chère enfant.^^
— Comme il plaît a Dieu, tante Rose : très bien... Et tante Angèle.^
— Toujours vaillante pour son âge.
— Alors, vous m'amenez Ferdinand?
— Le voici.
Ma cousinç se penche vers moi. Le bandeau noir qui lui ceint le front, la barbette blanche qui lui enveloppe le cou effleurent la cloison de chêne. Son visage mince, éclairé tout exj^rès pour moi d'un sourire céleste, passe presque au travers des barreaux fixés dans l'ouverture du volet. Je lui souris a mon tour, et, succombant à un attrait irrésistible, les lèvres avides d'un baiser qui sera pour mon âme défaillante une manière de communion mystique où elle puisera la vaillance dont elle a besoin, je m'incline pour l'embrasser. Ma mère s'interpose et ma cousine recule.
— Excuse-le. ma chère Clotilde...
La Visitandine, les joues moins pâles, demeure interdite.
— Il connaît par Angèle. par moi, tes bonnes dispositions a son égard, reprend ma mère, et c'est dans un mouvement de reconnaissance que... D'ailleurs, tu es sa proche parente, après tout...
Elle s'arrête, à bout de souffle. Ma cousine n'a pas un mot. Un doigt appuyé sur ses lèvres comme pour les clore plus fermement, elle nous regarde, a présent ma mère, a présent moi. Sa robe a des plis droits, secs, durs ; on dirait des pUs de pierre ou de bois. L'impassibilité de cette attitude me fait mesurer la profondeur de l'égarement où je suis tombé a mon insu; mon
cœur, où les remords s'accumulenl, se fend, crève sous Teffort. et des torrents de larmes s'échappent de mes yeux.
Ma cousine m'appelle.
— Mon ami, me dit-elle, tout est arrangé pour que tu te trouves on ne peut mieux au grand séminaire. M. le chanoine Pommerol.
aumônier de la Visitation, a vu M. le supérieur Baudrez, qui t'attend et te fera hon accueil. Que Dieu te fortifie dans tes résolutions ! Je prierai pour toi... Vous savez, tante Rose, Ferdinand m'appartient, et je demande à m'occuper de lui exclusivement, ajoute-t-elle d'une voix séraphique. Je ne lui défends certes pas. quand il obtiendra des heures de sortie, d'aller rendre ses devoirs à M"*' de Fouzilhon. à laquelle tante Angèle l'a recommandé ; mais je le prie de ne pas négliger la Visilalion...
— Certainement, certainement répèle
ma mère, trop émue pour trouver de longues paroles.
La sœur-domestique, pelotoimée derrière la boiserie, se dresse debout.
— A bientôt donc, Ferdinand... Au revoir, ma tanle...
Cela nous arrive mêlé au bruit du volet qui se referme. La vision s'est évanouie.
11 fait nuit dans le parloir. \ous avons quelque peine à gagner l'escalier.
17O MA VOC.VÏION