‹ Ma vocationChapitre 3 sur 4 · DOUZIÈME CAHIER · texte numérisé non relu

DOUZIÈME CAHIER

Grand SSmiaairt. 29jmn 18U8.

O mon journal si triste, ô mon journal désolé, éclaire-toi, illumine : je suis heureux I Je viens de voir ma mère, de la serrer dans mes bras, de l'y serrer encore, et mon être déborde des sentiments qui m'enlevaient autrefois et que je croyais abolis. Non ! non I le grand séminaire n'a pas pris tout mon moi des anciens jours, mon mot si gai, si épanoui, de Camplong, de Bédaricux. de la Tuilerie, de la Grange-du- Pin... Petit bonhomme vit encore.

Tandis qu'elle s'excusait de n'avoir pu quitter mon père depuis novembre pour me venir voir, surtout de m'avoir laissé souffrir seul, moi, retenant ses deux mains dans les deux miennes, je la considérais, je l'admirais, je la

uiii, ou je SUIS aescenaue.

— Que vous êtes bonne 1 que vous êtes sainte I . . .

Je suis impuissant à expliquer la nature de mes sensations, quandj' articulais ces mots bien simples. Le fait est qu'à chaque syllabe, des transports me soulevaient sur le banc du parloir, et qu'après chaque mot. une douceur de miel m'emplissait la bouche. Tous les parfums que mon âme pouvait contenir à la suite de sa longue claustration dans cette maison située aux parterres du ciel, mon âme prodigue les répandait aux. pieds de ma mère.

Nous partirons demain, elle et moi. Nous serons seuls. Avant de nous éloigner de Montpellier, nous ne verrons ni ma cousine Clotilde. en retraite depuis le 2^ février, ni M"" de Fouzillion et de l'Hospitalel, toujours en villégiature au pic Saint-Loup. Dieu a pris pitié de mon étiit et m'a allégé de visites atroces pour me laisser avec ma mère.

O mon journal, mon ami, je te baise à lèvres pleines. Quelle aide tu m'as prêtée aux mauvais jours! Je ne te rouvrirai plus ici...

Quand je pense tout de même que demain, ma mère et moi, nous gagnerons Bédarieux, et que je serai libre... Libre I Est-ce possible?

Dans mon enfance rustique, à Camplong, je pris un jour, en une crevasse du presbytère, antique prieuré des Frères Mineurs de Saint- François, décrépit, croulant, un jeune hibou qui n'avait pas encore fait ses plumes. J'étais fort content de l'aubaine, et je portai en plein soleil mon oisillon, hérissé, velu comme un gros rat du grenier. Il me regarda de ses yeux jaunes, eut une manière de petit cri aigu, sauvage, puis chancela sur ses pattes, tomba le bec contre le sol. Je le saisis à pleines mains> Il était mort.

Moi, encore quej'aie séjourné en des endroits un peu enténébrés, un peu noirs, je ne suis pas an hibou, voyons, et la vue du soleil ne me tuera pas ?,,. Peut-être.

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