I. — ).\ LEÇON DES ÉVÉNEME1N l
vent des obus, appuyant de sa main droite sur le pommeau de sa selle sacanne à bec de corne, et suivant d'un
tranquille regard la division Grenier, qu'il venait de jeter, en un magnifique élan, vers la ferme de Greyère.
Son état-major marchait derrière lui, rayonnant d'ardeur et de confiance. Protais, le peintre célèbre des chasseurs à pied « avant et après le combat », était là aide de camp volontaire, soldat autant qu'artiste, demandant à l.i fiévreuse émotion de la bataille, l'inspiration de son pinceau. Un obus avait, l'instant d'avant, tué le maréchal des logis Henry, qui portait le fanion du général, et, «lu même coup, en avait brise la hampe : le capitaine de La Tour-du-Pin, l'un de ses aides de canif), l'avait rainasse et le tenait à son tour. Au milieu de cette plaine désormais historique, et parmi le tumulte des escadrons, du canon et de la fusillade, nos chevaux se trouvèrent côte à cote ; et lui, m'ayant reconnu, abandonnant les rênes, se pencha, le visage radieux, comme pour m'einbrasser, en s'écriant : « Allons! il y aura encore de beaux jours pour la France ! » Ce ne fut qu'un instant : la bataille nous sépara; mais que de fois, dans la suite, nous devions songer à cette accolade imprévue, présage de nos futurs et communs espoirs!
Durant les longues journées du blocus de Metz, campé avec ma division loin du quartier général du ï'' corps, je n'eus que rarement l'occasion de revoir René de La Tour-du-Pin.
Mais le 3i octobre, le train allemand qui, lentement, à travers la Lorraine conquise, emmenait en captivité les officiers généraux de l'armée prisonnière et leurs etats-majors, lit une haltedequelquesheuresàMayence. Là, chacun d'eux devait recevoir l'avis de sa destination particulière. J'étais dans la petite salle qui servait de vestibule ;iu bure;iu du commandant de la place, où l'escorte nous avait conduits : accablé de fatigue, d'humiliation et de douleur, j'attendais mon loue, assis sur un banc. Mon ami parut ; il se jeta dans mes bras. Quelle