IX. — LE PÈLERINAGE DE LIES
refrain, que l'écho redisait avec surprise. Il était sept heures du matin ; eo trois quarts d'heure, les deux mille pèlerins avaient débarqué. Nous n'avions pas une minute de retard !
« Une heure après, la bannière de l'Œuvre paraissait en vue de la Croix, dite des Pèlerins, où devait se faire la réception par le cercle de Liesse. Le réglementaire de la halte avait rassemblé là, pour attendre leur contingent, ceux que la fatigue avait forcés de devancer la colonne en voiture : c'était un bien petit nombre ! Les auxiliaires, revenus déjà du bourg, où ils avaient été chercher près du réglementaire des bureaux les renseignements nécessaires à Tordre de la journée, revenaient rapidement au-devant de leurs chefs. Le cercle de Liesse, précédé de la Croix, portant sa bannière et conduit par le curé, attendait le moment de la rencontre solennelle. Le contingent du Val-des-Bois, cercle agrégé à notre œuvre et formé dans une fabrique des environs de lleims, était venu par voie de terre sous la conduite de son excellent directeur : rangé dans le champ voisin, il s'y tenait prêt à rallier la bannière de Reims, et sa musique saluait de loin l'arrivée des cercles catholiques.
« Entin les voici! la grande voix des cantiques annonce leur approche; les contingents marchent par rang de quatre, massés comme au départ, et d'un coup d'o-il on embrasse toute la colonne; pas une hésitation dans la marche, point de confusion, pas un homme en arrière; bien rarement une troupe sous les armes présente un pareil ensemble après huit kilomètres de route. Depuis le départ, me dit-on au passage, on n'avait c< de chanter des cantiques î
<( A hauteur de la Croix des Pèlerins, la tète de colonne s'arrête : Liesse s'avance en silence et défile en inclinant sa bannière devant le Labarum. qui salue à son tour. Les chants avaient cessé; les fronts s'étaient découverts; le recueillement était profond. Cette ren-
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majestueuse, vers la vieille église, i par les pèlerinages !es cloche- ni à
toute volée; tout célèbre autour de nous 1 a de
Marie et la splendeur de ce jour de r -tion. Une
résurrection! c'en est bien une, en effet : car à voir ces longues files d'ouvriers - prêtres mêlés a leurs
rangs, ces bannières dominant la foule et .•• - mais enguirlandées, à entendre cette prière universelle et cette grande voix du peuple invoquant Jésus et les patrons du travail, ne dirait-on pas que la vieille renaît tout entière avec sa foi chrétienne et ses rob traditions? Ne croirait-on pas i r a quelque scène
du vieux temps et voir passer, comme dans un rêve, ces antiques confréries d'artisans, autrefois l'orgue; la force de la nation? Tout prête à l'illusion : les chanta] l'attitude, les emblèmes communs, les groupes digues entre eux par le nom de leur ville ou même de leur quartier, le cadre lui-même de ce tableau d'un autre âge; et il n'est pas jusqu'à quelques fronts vénérai
i\. i i: pi ' i ERIN Ki LIESS1 -IV.)
qui ne rappellent les doyens de la confrérie, gardiens éprouvés de son honneur et de ses croyances ! ( hii, c bien une résurrection! Les grands souvenirs du pi
sont là mêlés aux espérances de l'avenir. Notre Œuvre a marqué sa voie, et les vieilles confréries vont revivre dans les cercles catholiques.
« Venez donc voir ce qui se passe ici, vous les inventeurs du progrès moderne, les pontifes de la Révolution les habiles de la politique, les adorateurs de la science, les fabricants d'histoire, et vous tous rhéteurs de carrefours, discoureurs de place publique qui prêchez les droits de l'homme et le culte de la raison, venez donc ici et regardez en face cette étrange procession! Quoi! la vieille France était morte et son passé n'était qu'une légende oubliée! Mais la voilà qui se relève, jeune et vigoureuse, des ruines que vous aviez amoncelées ! la voilà qui secoue la poussière des siècles et qui se dresse devant vous, couronnée de sa gloire! Quoi! la foi n'était plus qu'un vieux préjugé : c'était fini du règne de Dieu et de la religion chrétienne : le progrès moderne avait aboli ces ridicules susperstitions, et c'en était fait des mômeries de la prière et des pieuses manifestations ! Mais regardez donc : voilà deux mille ouvriers qui s'avancent en chantant des cantiques, avec des croix sur la poitrine, des croix sur leurs bannières et des prêtres au milieu d'eux. Regardez : leurs visages sont calmes et souriants, ils ne sont ni tourmentés par quelque passion sauvage, ni fanatisés par un enthousiasme factice : ce sont des hommes qui font tout simplement un acte de foi, et personne ne les a contraints de venir ici ! Demandez-leur où il vont. C'est en pèlerinage ! Quel est ce signe qu'ils portent au côté gauche C'est l'emblème d'une œuvre catholique dont ils sont les membres. Qui les conduit? C'est ce gentilhomme soldat, ce prêtre, ce chef d'industrie, que vous voyez làbas, qui leur parle de Dieu et non de politique, de la France et non de lui-même, qui demande leurs prières
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mais, pendant cette Longu et bien que la plupart soient a jeun on n'entend ni une plainte, ni un murmure : point
Ire, point de précipit; point de
même a voix liasse : chacun entre à son tour docile recueilli, et les chants contins ma interruption, i
messes se succèdent aux autels Latéraux, mais au chœur, au sanctuaire de la Vierge miraculeuse. ;ue du
diocèse attend que son troupeau de passage soit tentier réuni. La bannière du cercle d\A portant un crêpe à sa nampi -nt
l'église, escortée d'un groupe de membres du cercle vient se placer au pied du maitre-autel. comme un
noignage de prière et d • mce. 1
et prend la parole ; dune \ lennelle il annonce aux
pèlerins que, du fond du Vatican, Pie IX le bénédiction et accorde une indulgence plénière a tous les membres des C4 catholiques d'ouvriers réunis
l\. - LE l'i LI i:iN \'.i DE l il. -\ I
aux pieds de Notre-Dame-de-Liesse. Touchante et fortifiante pensée ! Partout où des chi sont en prière leur Père est au milieu d'eux, leur apportant la force d'. 'ii liant et l'exemple de son courage. Courbés devant la Majesté divine, vos enfants, Très Saint-Père, se prosternent à vos pieds : tout à l'heure, dans leurs pieux cantiques, ils suppliaient Dieu de sauver Rome et La France au nom du Sacré-Cœur, et maintenant, agenouillés aux pieds de Marie, ils l'implorent humblement, se souvenant quelle est la patronne de la France et la Vierge immaeulée dont Pie IX aproclaméla gloire. La messe est dite par M1* Langénieux, évêque nommé de Tarbes, qui accompagne dans ce jour de triomphe l'Œuvre qu'il a vu naître, et dont il a soutenu les premiers pas. L'orgue, tenu par un ouvrier du cercle Montparnasse, donne le signal, et le Credo, entonné par deux mille voix, retentit comme une admirable confession! La communion commence en môme temps, à tous les autels à la fois : les aumôniers des pèlerins secondent, les prêtres de la paroisse.
« Les longues files de communiants se rendent à* la sainte Table dans un ordre parfait : les chefs de contingents, les présidents de chaque cercle conduisent leurs ouvriers et leur donnent l'exemple ; plus de mille communions sanctifient la cérémonie déjà si belle, et lui impriment le sceau particulier d'une œuvre chrétienne, la piété. A ce moment de suprême recueillement, l'émotion est à son comble, et les larmes viennent à tous les yeux. Cette foule est saisie par un sentiment surnaturel. Dieu descend au milieu d'elle. La statue de la Vierge apparaît dans une auréole de gloire; les chants sont suspendus et les voix s'éteignent en tremblant ; les bannières s'inclinent jusqu'à terre, et le triomphe du Ciel remplit tout entier l'humble sanctuaire. C l'heure de la prière simple et fervente, où chacun se prosterne devant Dieu, où le souftle divin pénètre jusqu'au fond des âmes. O Marie, notre Mère, souvenez-
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doivent s'asseoir ses pèlerins, et sur un des C mur d'enceinte de la coor d le de port'
accès dans les bureaux n t. A
l'entrée, des agents nt l'an
recueil! vres, en comptant les hor:.
que leur chef fait défiler.
« Le mouvement se poursuit rapidement. La banr: de l'Œuvre est saluée d'une salve d'applaudissement successivement chacune des autres est on tour,
de la part des convives déjà placés, d'une semb ovation. Belleville surtout, dont le nom trop ce: brille dans une telle fête d'un éclat singulier, Belleville est accueilli par une triple acclamation. Puis, quand vient la bannière d'Ali tout le inonde se lève, toutes
les têtes se découvrent, et les vivats se confondent dans un grand cri de : Vive la France I Les mineurs, à leur tour, sont reçus avec entho . te et répondent paie-
ment à ce salut fraternel, bientôt deux mille trois cents ouvriers sont assis côte à côte : c'est un coup d'œil unique et l'un des plus sais.ssa:its spectacles de cette belle journée.