I. LA LEÇON DES É\ ÉNBMEN r9 P
acclamant la paix prochaine plus encore que la victoire, la population parcourait la ville en poussant des hourras, que nous entendions, crispés derrière nos fenêtres closes.
Quelle fierté nous venait, toutefois, dans cet abaissement, du long effort de la patrie vaincue. Nous n'avions, de l'état de la France, que de rares et confuses nouvelles : les suites de la révolution accomplie en présence de l'ennemi, le bruit des émeutes parisiennes, nous troublaient profondément. Mais, à travers ce voile, limage tragique du pays convulsé était devant nos yeux et nous fortifiait. Après le combat de Loigny, le bref récit, publié par l'ennemi stupéfait, de la charge héroïque des zouaves pontificaux nous inspira presque de l'orgueil. Ce n'étaient (pie des éclairs, bientôt éteints par des nuées plus épaisses*
D'autres tristesses s'ajoutaient à cette douleur : les divisions politiques se glissaient entre nous ; les évasions, trop faciles si près d'une frontière que le respect de la parole donnée, seul, rendait infranchissable, nous condamnaient à d'injurieuses surveillances. Nos âmes étaient brisées : il fallait en découvrir la plaie pour faire comprendre ce qui me reste à dire.
La vie que nous menions était d'une sombre monotonie. Quelques-uns, mariés, avaient vu leurs femmes accourir près d'eux, traversant avec une courageuse énergie la France en armes et envahie. C'étaient les moins à plaindre : j'étais du nombre. Les autres sentaient plus durement le poids de l'exil. Pour tous, il était cruellement lourd. Plusieurs s'épuisaient en plaintes ardentes, en récriminations st-'-nlos : afin de s'y soustraire, un groupe de camarades, dont, je faisais partie, s'étaient concertés pour se rencontrer le soir en d'intimes causeries, qui adoucissaient l'amertume de ces tristes jours.
De plus graves préoccupations, cependant, tourmentaient l'esprit de mon ami et le mien. Nous cherchions à notre malheur non seulement des raisons techniques.
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Dans le douloureux isolement que nous imposait n condition, deux maisons s'ouvrirent à nous. L'une était celle des Jésuites, où nous allions chercher le réconfort de nos âmes ; un religieux, déjà avancé dans la v: R. P. Eck, noua y reçut avec une délicate honte. Compatissant à notre soutïranee, il sut la tourner vers Dieu et jeter, dans nos âmes meurtries, la forte semence des vérités intégrales. Nous manquions de livres : il nous en donna un. un petit livre français que nous ne con-