Ma voiture de course
C'est peut-être beaucoup pour un chauffeur : ce nesi certes pas assez pour une voiture.
Ces petites voitures, vous les rencontrez maintenant partout, vous ne pouvez pas traverser une rue sans marcher dessus et cela fait un bruit désagréable de crabe que Ton écrase.
Un conducteur un peu fort dans une petite voiture ressemble étrangement à un cul-de-jatte qui déborde de toute part de sa caisse à savon.
Si au moins les petites voitures étaient mûmes de deux brosses circulaires elles pourraient nettoyer les rues comme de petits balais mécaniques. Mais, hélas ! bien au contraire, elles osent faire de la poussière pour se donner de Vtmportance.
Onl me racontait dernièrement Vhistoire d'un jeune gigolo qui, fier de la voiturette miniature quil venait d'acheter, alla se promener au Bois. Il ny était pas depuis cinq minutes qu'il fut dépassé par une énorme voiture dont le conducteur, par inadvertance, cracha sur la tête du jeune homme. Le jeune homme dégoûté, n'alla pas ce jour là plus avant. U ne faut pas voir là, j'en suis persuadé, un trait caractéristique des mœurs rudes et de l'impolitesse de notre temps. Il est très possible que ce ne fut point par mépris, comme on pourrait tout d'abord! le penser, que le conducteur de la grosse voiture cracha sur h
jeune homme, mais bien parce qu'il ne vit point sa frêle emhaf' cation du haut de son transatlantique routier. '" A^e me parlez point non plus des grosses berlines de famille, des camions aménagés en roulottes auxquels ne manque - que Vinscription traditionnelle : « Je suis capitonné. » Cela peut séduire des déménageurs enrichis, cela ne conviendra jamais à un homme de sport.
Seule, la voilure de course peut séduire un sportif car seule la voiture de course peut errihêter et vexer les autres.
Il n'est pas du tout nécessaire qu'une voiture de course prenne part à des courses. Tout au plus peut-on l'engager une seule fois pour avoir droit à un numéro énorme peint sur le capot. Non, la voiture de course est faite surtout pour le touris^ me ; elle est destinée à dépasser les autres touristes, puis à les attendre pour les redépasser de nouveau. Elle vous assure une situation magnifique dans les auberges, elle vous permet de rester en panne sans honte, elle vous autorise surtout à raconter toutes les histoires possibles sans crainte d'être jamais démenti. Et c'est peut-être pour cela que j'ai intitulé ce livre : Ma Voiture de Course. La voiture de course c'est le rêve de tout sportsman : peu importe même que ce ne soit qu'un rêve, bien au contraire, car, entre nous, s'il est toujours délicieux de parler d'une voiture de course, il est parfois moins agréable de s'en servir.