I. Décembre 17J
a. Mtrcurt à' '■■ ••" •"^- ''mbre 17)4. — Un extrait de cette lettre » é- ns la Collection des meilleures
i' • ' (t irjttfs particuliers relatifs d l'his-
; MM. G. Lcber, J.-U. Salgucs et J. CoJirn. T. AViii, r ■ i^ i8jo. Une note de M. Le
b«Y fp ift)^ rti ai; Cl Cette lettre doit hre </
/ l'Auxerre est déji un
; ""H de M. Lebcr, et
vyme de Mont :. .^re.
Préface. xlix
il jette à la mer tout ce qu'il désespère de sauver, et ne laisse pas d'être fort en peine avec le reste.
Ce n'est pas l'érudition qui lui manque assurément pour se tirer d'affaire ; il en a une à son service aussi solide qu'étendue; mais cette érudition même le gêne plus qu'elle ne l'aide. Il en est réduit, en somme, à des raisonnements comme celui-ci : « Il est vrai que nous n'avons point « d'écrivain du siècle même de l'événement qui <( en ait fait mention ; mais il est ordinaire que « les histoires les plus singulières ne sont pas (c celles qui sont écrites le plutôt. On suppose (( qu'elles ont tellement frappé qu'on ne les ou- (( bliera jamais et qu'il est inutile de les écrire. « C'est beaucoup que malgré cette négligence « on ait retenu les noms des deux chevaliers qui (( font le sujet de l'histoire. «
Pour concilier les contradictions des divers récits, l'auteur de la lettre se livre à des suppositions très-hasardées qu'il serait superflu de reproduire. En désespoir de cause, il conclut ainsi : «Je me (( contenterai , pour appuyer la réalité du fait , « de rapporter le témoignage d'un personnage « qui certainement ne passait point pour crête dule et qui ne donnait point dans la fable : (( c'est Jules Scaliger, mort en i$$8. »
Belle autorité , en effet , que celle d'un personnage mort en 1558, fût-il Jules Scaliger, pour attester la réalité d'un fait réputé antérieur de près de deux siècles !
Quant au règne sous lequel l'événement aurait
eu lieu, le correspondant de M. Maillart pense
que pour le déterminer il faudrait retrouver
dans quelques chartes les noms d'Aubri de
Macairc. d
i Trékace.
Monididier et liu chevalier Macnirc; il ajoute que pour lui »* il a trouvé un Macaire de Sainte- Menehould, chevalier français vivant en 1204. >»
Un mois après la date de celte lettre parait , encore dans le Mercure de France , un Supplément à ce ^ui tï été inséré (\ç mois précédent^ an sujet de rhistoire du chien de Montargis, où par occasion il est parlé d*un chien renommé dans rhistoire orientale {*). L'auteur de ce supplément paraît surtout s'être proposé de placer son historiette orientale, qui est du reste assez jolie, (^ani îi son argumentation en faveur du chien de Montargis. elle peut se résumer ainsi : l'histoire du combat de ce chien était regardée comme indubitable dans les XV' et XVI' siècles; elle n'a d'ailleurs rien qui choque la vraisemblance ; en quoi l'auteur a raison sur le premier point, mais sans prouver autre chose que la crédulité des XV* et XVl' siècles ; et sur le second point, il est permis de penser qu'il se montre bien accommodant.
Ainsi défendue , quoique avec plus de chaleur que de force, contre les doutes de la critique. rhistoire duj chien de Montar^is devait fournir encore une longue carrière. Elle rencontra ce-
f)endant , quarante ans après l'article du journaisic de La Haye, un adversaire plus redoutable, c'csî-à-dire mieux armé.
l^ibnilz. av " ' 'i»^ à ILtnovrc, en 10 ;>■>, son édition de la ^ ic d'Alberic de Trois Kon-
taines. FVrsonne apparemment ne l'avait lue ,
1. Mercure, décrmbfc 17J4. — Un Mirait de ce supplément a été auiii réimprimé dans la collection précitée, même tome, pages 189 lo).
Préface. Ij
personne du moins de ceux que nous venons de citer : ni Montfaucon^ ni son critique de La Haye, ni ses défenseurs du Mercure, sans quoi la querelle ne serait pas née ou n'aurait pas pu durer. Mais un savant plus connu aujourd'hui par ses erreurs que par ses mérites, le Franc-Comtois Bullet, releva un jour dans la chronique d'Alberic le passage que nous avons rapporté plus haut, et^ ce texte à la main , fouetta vivement le chien de Monîargis pour le renvoyer au roman d'où il était sorti. Si depuis lors on a vu le fidèle lévrier rentrer dans l'histoire derrière son maître, la faute n'en est point à Bullet. Il avait très-bien réussi à l'en mettre hors. « Jen'aurois pu me décider, disait ce savant , à nier un fait soutenu d'un monument, consigné dans nos chroniques, cité par des écrivains de réputation, respecté par Scaliger, adopté par Montfaucon, si je n'avois découvert une preuve incontestable de sa fausseté ('). »
En effet, quelle preuve plus incontestable que le passage d'Alberic ? Tout ce qu'on y pouvait ajouter, c'était de retrouver et de produire le roman que le chroniqueur avait eu sous les yeux. Telle est la tâche que je me suis donnée et que je remplis aujourd'hui. Réussirai -je mieux que Bullet à reléguer au pays des fables l'anecdote du chien de Montargis .'' Rien ne me paraît
I . Dissertations sur la mythologie françoise et sur plusieurs points curieux de l'histoire de France, par M. Bullet. Un vol. in-i2. Paris, 1771. — La Dissertation sur le chien de Montargis que renferme ce volume (p. 64-92) a été réimprimée par M. C. Leber, avec des notes, dans la collection citée plus haut.
lij Prépace.
moins assuré , car dans le champ de l'histoire , comme ailleurs, mauvaise herbe croit toujours. En veut-on la preuve pour ce cas particulier ?
Ij dissertation de liullet est de 1771; or voici depuis lors jusqu'à ce jour la destinée du chien de Montarps.
En 177O, en 1778, paraissent deux éditions successives des Essais historiques sur Paris, de Poullain de Saint- Foix . =\ et dans ces deux éditions on retrouve sous la rubrique : IsU Notre- Dame ou Saint-Louis , une nouvelle relation du combat déjà raconté tant de fois. Les réflexions de Saint- Foix à ce sujet peuvent passer pour curieuses : « Quelaues auteurs , dit-il , ont cru " que c'éloit sous le règne de Charles VI ,*jque •< vivoil un chien dont la mémoire mérite d'être «» conservée à la postérité. D'Audiguier prétend « que c'ctoit un lévrier; j'en doute, attendu que «' le nez dans les chiens çst le mobile du senti- •< ment ; or, les lévriers n'ont pas de nez; et, « par conséquent, s'ils caressent un maître , M s'ils se trouvent à son lever, à son coucher, « ce n'est que par l'habitude, comme des cour- « lisans, sans s'y attacher et sans l'aimer. Je les « crois absolument incapables de ces traits de « bonté de cœur dont je vais faire le récit. »
Ce récit terminé , Saint-Foix ajoute :
«< On ne sera point étonné que ce chien ait
1. Celle de 1778 comprend les ortivrej complètes. Voyez le t. If '«' -*"• '* ' ' - !»■ t I dr la prècéJente.
2. < ^ haut, ce n*«t point au règne de ChâHo «I. nirf dr Charles V, que l'un rattache lliisioère.
Préface. liij
« resté plusieurs jours sur la fosse de son maître (c ni qu'il ait marqué de la fureur à la vue de {< son assassin ; mais la plupart des lecteurs ne {( voudront pas croire qu'on ait ordonné le duel « entre un homme et un chien. Il me semble « cependant que , pour peu qu'on ait parcouru (( l'histoire et vécu dans le monde , on doit être « tout au moins aussi persuadé des travers de (( l'esprit humain que du bon cœur des chiens.»
Voilà, si je ne me trompe , le burlesque vraiment agréable : celui qui s'ignore ! J'en extrais un autre échantillon non moins précieux des Mémoires de VAcadémie celtique. Un savant dont le nom n'est pas oublié , Eloi Johanneau , proposait à résoudre, en 1807, aux membres et associés correspondants de cette académie , la question ciaprès : *
« Y a-t-il à Montargis quelques vestiges du « culte du chien , quelques traditions , quelques (( fables, quelques monuments, quelques usages, « quelques mots qui y aient rapport, et qui puis- « sent donner lieu de croire que cette ville, dont « le nom semble venir du français mont, du celte tique ar (du) et ki (chien), était chez les Cel- '< tes ce qu'était la ville de Çynopolis ou du chien « chez les Egyptiens, ce qu'est encore chez t< les Gallois la colHne du chien , nommée Moel (c Gylan Q) ? »