‹ Macaire; chanson de gesteChapitre 29 sur 91 · I. Ms. Laval · texte numérisé non relu

I. Ms. Laval

ex Préface.

// ne sent onquti de losenge mener, Ne volt franc home acuser à l'empercr; Le boni lignage fist al rot exaucer.

Et del itnrire son segnor ne volt se oblier.

Personne ne contestera et ne peut contester que celui qui a écrit ces cinq vers ou plutôt ces cinq lignes n'eût sous les yeux le modèle cidessus Comment l'a-i-il suivi ? On le voit de reste. Quatre fois sur cinq il a rompu la mesure ; pour rendre l'idée renfermée dans losengier, il 3 imaginé la périphrase loscnç^e mener,

?|uoique Icsengier se retrouve en italien sous la orme lusinghierc ou lusinghiero ; il a substitué à la locution ampirier à la cort (empirer à la cour) l'expressif 'H acuser à l'cmpcrer, dont le dernier mot est un barbarisme et forme une rime inadmissible ''\ Enfm, il a dénaturé le sens du cinquième vers. Ce n est certes pas par distraction qu'il en a usé ainsi ; c'est donc de son plein gré, et pourquoi ? Apparemment parce que sen'ir de losenze mener lui a paru plus clair que servir de r ; parce que accuser à Vcmpereur lui sem- L mme de fait plus facile à comprendre

que empirer à la cour; enfm parce qu'à changer le sens du dernier vers il trouvait le même avantage.

Continuons notre comparaison.

L'armée de Charlemagne est en Italie, non loin de celle du chef sarrasin Agolant ; mais les deux armées sont séparées par une mon-

I. Frr.r'fff nôur fmrfrere 'fmpermr) te retrouve dam tout "S, soit i la rime, soii aillrurs. Per,

mer, r-- , • . . --al de* barbarisme» analogues.

Préface. cxj

tagne dont le passage n'est pas facile , comme Pindique son nom , Aspremont. Le duc Naimes, porteur d'un message de son maître, s'est engagé dans les défilés de cette montagne , où il avance péniblement de péril en péril. Le voilà aux prises avec une ourse qui a faonné de nouvel, et qui, au point du jour, est revenue à l'endroit même où se trouve le duc,

A ses hoursiaus où ele les laissa.

Elle se dresse devant le messager de Charlemagne; mais d'un coup d'épée il lui coupe les deux pattes où elle veut l'enserrer.

Qui dont oïst la noise que mena, Que la montagne trestote en resona !

A la grant noise que ele démena Ez vus venu .1. hours et .1. lupart(i\.

Ces quatre vers sont réduits à trois dans la copie italianisée :

Mais killa oïst et la nosse k'ella fa, Tuït le montangnes entor H ressona Atant hec vos .II. ursi et .1. leopart salva(2).

De ces trois vers deux sont faux; de ces trois rimes deux sont inadmissibles. Fa est italien, non français ; et salva n'est ni l'italien salvatico ni le français sauvage. C'est un moyen terme barbare, mais qui rime avec ressona Qtfa, tandis

Page 1