‹ Macaire; chanson de gesteChapitre 85 sur 91 · RÉCIT DE J. SCALIGER · texte numérisé non relu

RÉCIT DE J. SCALIGER

Est et altéra historia Galliae peculiaris. Offensus amicisivepotentia sive perfidia, quidam Régis Aulicus cum ex insidiis obtruncat atque in avio agro sepelit. Macaire. 2 1

U2 Macaire.

Vfnaticus canis ibi tum cornes hcro fur rat : is amore viclus diu sedil in tumulo. Postea quam famcs pietatfm supcravii , atque in aulam sine domino reversus est, ratî illius contubernales bestiam lemcre vagari, ei cibum dari [ubent. Salur ille ad tumuliim redit ; et redit toties , ut primum suspicio invaderet animos incerta qu.rdam et fluctuans , mox etiam cerli esse sibi viderentur heri id fieri desiderio. Abeuntem prosecuti, deprehensoteiluristumore,effossumcadaveratquea<înitum afficiuntsepultura. Canis, exequiis peractis, socius fit eorum quibus fuerat dux ad investiganduni. Tandem aliquando in aulam ubi homicida rediisset, eum canis conspicatus , magnis illico editis latratibus aegre ab impetu cohibetur : quo tanquam indice aucta suspicio in ïr.uitorum animis certa ndes evasit. Caeterum bes- \\x perseverantia in illius odio atque prosecutione etiam regem movit ut juberet hominem causam dicere. Ille negare factum , persistere inficiatione ; canis ejus orationem latratibus atque assultibus obturbare, ut eam interpellationem pro facinorisexprobratione quotquot aderant intcrpretarcntur. Eo res deducta est ut, jussu régis , homicida cum provocatore singulari certamine decertaret. Picta est canis historia m cafnaculo quodam regio. Pictura vetustate dilutior atque obscurior facta, regum mandato semel atque iterum instaurata est; digna prorsus Gallica magnanimitate quae aerc fusili assequatur perennitatem.

{Exotericarum exercitat. lib. XV de sublUitatt , ad Hier. Cardanum , Exerc. 202. Paris, i^^7, in-4", p. 272.)

Appendice. 523

Récit de Claude Expilly.

Le duel qui avint du tams du Roy Charles V et an sa presance antre le Chevalier Macaire et le Lévrier a'Aubry de Montdidier , et le plus notable et digne de mémoire de tous ceus qui se firent onques. Macaire avoit occis Montdidier dans le bois de Bondis , jalons de le voir plus avant an faveur que lui auprès du Roy. Il n'y avoit autre témoin de l'acte que le Lévrier du défunt, lequel, ayant été treuvé avec le cors, s'alla randre aus piez du Roy, corne pour demander justice : il ne découvrit point si tôt Macaire qu'il commança à se hérisser et aboyer et se lancer sur lui : corne le chien d'Hésiode acusa lesanfans de Ganistor Naupactien d'avoir tué son maitre; et l'autre qui an fit de même auprès de Pyrrus contre certains soldas de son armée , et celui ancore qui gardoit le tample d'Esculape à Atenes : de même ce Lévrier donna le premier argumant que Macaire avoit commis le meurtre. Le Roy s'an voulut tellemant éclaircir qu'il fit aporter du pain et le fit presanter au chien par Macaire, mais an lieu de pain, il voulut ampoigner et mordre la main : le même pain remis à quelques jantis-homes là presans, le chien le print et le manja : ce fut un soupçon , un indice et une présomption violante qu'autre n'avoit fait le coup; à quoy êtoit ajouté que le même jour de la perte de Montdidier, on avoit veû Macaire avec luy au dehors de la ville : de sorte, que le Roy tint le fait come pour avéré : et d'autant plus que le chien se tournoit tantôt de son coté, se jouant de sa queue, tantôt aboyoit contre

l'autre, qui étoit tout étonné et perdu de cete acusation et de sa consciance. An fin, le Roy luy dit qu'il se devoit purger par le combat : il demanda ou ('toit l'acusateur, on luy montre le chien, et par ordonnance de Sa Majesté, il fut contraint de se batre, arn^.é d'un fort bâton et d'un petit bouclier : au chien on donna un tonneau défonce pour faire ses relancemans : l'ile de Notre Dame de Paris fut le champ de bataille : le Lévrier , come s'il eut eu du jugemant, se secoué, se prépare, se hérisse, ataquesonenemyje tourmante,le presse, et le morfond an telle sorte qu'à la fin, l'ayant ampoigné au gosier et jette par terre, le serrant apremant , le misérable avoua le crime , et confessa le tout espefant de trouver pardon , \h où la justice du ciel et de la terre le condamnoicnt au supplice, où il fut anvoyé sur le champ : justice vrayement du Ciel, d'avoir animé un Lévrier, et luy avoir donné l'adresse de vaincre, et faire avouer l'assassinat au meurtrier : je sçay que plusieurs racontent l'histoire avec quelque diversité.

{Playdoycz de M^^ Claude Expilly, chevalier^ conseiller du Roy an son Conseil d'Etat. Lion, i6}6, in-4. Plaidoyé xxx sur l'edit des duels publié le 13 juillet 1609, p. 312-J13.)

RtCIT DE VULSON DE La COLOMBIERE.

Nous avons très-suffisanjment fait voir cy-dovant, comme par faute de preuves, l's Princes Souverains

Appendice. 325

ou leurs Parlemens permettoient le duel entre les hommes, lorsqu'il s'agissoit de quelque crime capital, commis secrètement. Mais cecy est bien plus nouveau et plus estrange, qu'on ait accordé le combat à une beste contre un homme, et contraint un homme d'entrer en combat, et se mesurer avec une beste. L'histoire en est admirable, et on la voit encore peinte sur le manteau d'une des cheminées de la grande Salle du Chasteau de Montargis ; le Roi Charles V ayant eu soin de l'y faire représenter pour une marque des merveilleux Jugemens de Dieu.

Il y avoit un Gentil-homme que quelques-uns qualifient avoir esté Archer des Gardes du Roy, et que je crois plustost devoir nommer un Gentil-homme ordinaire, ou un Courtisan, par ce que l'Histoire latine dont j'ai tiré cecy, le nomme Aulicus , nommé par quelques Historiens le Chevalier Macaire; lequel estant envieux de la faveur que le Roy portoit à un de ses compagnons, nommé Aubry de Montdidier, l'espia si souvent qu'en fin il l'attrappa dans la forest de Bondis , accompagné seulement de son chien (que quelques historiens , et notamment le sieur d'Audiguier, disent avoir esté un lévrier d'attache) , et trouvant l'occasion favorable pour contenter sa malheureuse envie, le tua, et puis l'enterra dans la forest et se sauva après le coup , et revint à la Cour tenir bonne mine : Le chien de son costé ne bougea jamais de dessus la fosse oii son Maistre avoit esté mis, jusques à ce que la rage de la faim le contraignit de venir à Paris, oii le Roy estoit, demander du pain aux amis de son feu Maistre, et puis tout incontinent s'en retournoitau lieu oii ce misérable assassin l'avoit enterré; et continuant assez souvent cette façon de faire, quelques-uns de ceux qui le virent aller et venir tout seul, heurlant et plaignant, et semblant par des abois extraordinaires vouloir descouvrir sa douleur, et déclarer le mal-heur de son maistre , le suivirent dans la forest, et observans exactement tout ce qu'il

teroit , virent ou'il s'arresloit sur un heu où la terre jvoil esté fraiscnemenl remuée ; ce qui les ayant oblies d'y fa-.re fouiller , ils y trouvèrent le corps mon , equel ils honnorerent d'une plus digne sépulture , sans pouvoir de^couvrir l'aulheur d'un si exécrable meurtre. Comme donc ce pauvre cinen estoii demeuré à quelqu'un des parents du deffunt et qu'il le suivoit, il apperceut fortuitement le meurtrier Je son

f)remier Maislre , et l'ayant choisi au milieu de tous es autres Gentils-hommes ou Archers, l'attaqua avec grande violence, luy sauta au collet, et fit tout ce qu'il peut pour le mordre et pour l'estrangler. On le bal, on le chasse, il revient toujours, et comme on l'empesche d'approcher, il se tourmente et abbaye de loing , adressant ses menasses du custé qu'il sent que s'est sauvé l'assassin. Et comme il continuoit ses assauts toutes les fois qu il rencontroit cet homme, on commença de soupçonner quelque chose du fait, d'autant que ce pauvre chien plus fidelle et plus reconnoissant envers son Maistre que n'auroit esté un autre serviteur, n'en vouloit qu'au meurtrier, et ne cessoit de luy vouloir courir sus pour en tirer vangeance. Le Koy estant adverty par quelques-uns des siens de l'obstination de ce chien, qui avoit esté reconnu appartenir au Gentil -homme qu'on avoit trouvé enterré et meurtry misérablement, voulut voir les mouvements de cette pauvre beste. L'ayant donc fait venir davant luy, il commanda que le Gentilhomme soupçonné se cachast au milieu de tous les assistans , qui estoient en grand nombre. Alors le chien , avec sa furie accoustumée , alla choisir son homme entre tous les autres ; et comme s'il se fust senty assisté de la présence du Roy , il se jetta plus furieusement sur luy , et par un pitoyable abboy il sembloit crier vangeancc et demander justice à ce sage Prince. Il l'obtint aussi; car ce cas luy ayant paru merveilleux et estrange , joint avec quelques autres indices, il fit venir devant soy le Gentil-homme

Appendice. 327

soupçonné, et l'interrogea, et pressa assez puissamment pour apprendre la vérité de ce que le bruit commun et les attaques et abbayemens de ce chien (qui estoient comme autant d'accusations) luy mettoient sus; mais la honte et la crainte de mourir par un supplice honteux , rendirent tellement obstiné et ferme ce criminel dans la négative, qu'en fin le Roy fut contraint d'ordonner que la plainte du chien et la négative du Gentil-homme se termineroient par un combat singulier entr'eux deux, par le moyen duquel Dieu permettroit que la vérité seroit reconnue. Ènsuitte de quoy ils turent tous deux mis dans le camp comme deux «champions , en présence du Roy et de toute la Cour, Le Gentil-homme armé d'un gros et pesant baston, et le chien avec ses armes naturelles, ayant seulement un tonneau perse pour sa retraite et pour faire ses relancemens. Aussi tost que le chien fut lasché, il n'attendit point que son ennemy vinst à luy ; il sçavoit que c'estoit au demandeur d'attaquer ; mais le baston du Gentil-homme estoit assez fort pour l'assommer d'un seul coup, ce qui l'obligea à courir çà et là à l'entour de luy, pour en éviter la pesante cheutt ; mais en fm tournant tantost d'un costé , tantost de l'autre , il prit si bien son temps , que finalement il se jetta d'un plein saut à la gorge de son ennemy, et s'y attacha si bien , qu'il le renversa parmy le champ , et le contraignit à crier miséricorde, et supplier le Roy qu'on lui ostast cette beste, et qu'il diroit tout. Sur quoy les escoutes du camp retirèrent le chien , et les Juges s'estant approchez par le commandement du Roy, il confessa devant tous qu'il avoit tué son compagnon , sans qu'il y eust personne qui l'eust peu voir que ce chien, duquel il se confessoit vaincu. L'Histoire dit qu'il fut puny, mais elle ne dit point de quelle mort , ny de quelle façon il avoit tué son amy. Si ce chien eust esté au temps des anciens Grecs , lorsque la ville d'Athènes estoit en son lustre, il eust esté nourry aux despens du

public; son nom seroit dans l'Histoire; l'on luy auroit dressé une statue , et son corps auroit esté ensevely avec plus de raison et plus de mérite que celui de Xantipus. L'histoire de ce chien , outre les honorables vestiges peintes de sa victoire qui paroissent encore à Montarpis, a esté recommandée à la postérité par plusieurs Autheurs, et singulièrement par Ju lius Scaligcr en son livre contre Cardan, Exerc. 202. J'oubliois de dire que le combat fut fait dans l'isle Notre-Dame , en présence du Roy et de toute la Cour.

{Lt Vray Théâtre d'honneur et de chevalerie, t. II, p. 300, in-fol. Paris, 1648.)

Récit de Ribier.

Il se trouve que par des épreuves de fer ardent ei d'eau bouillante plusieurs hommes se sont purgés de ce Qu'on leur mettoit sus : Dieu fut pour eux, et trouvères en quelques Croniques comme par un Lévrier fut accusé un chevalier (non par paroles, mais de fait) du meurtre d'un autre chevalier son compagnon, dont on n'avoit point de connoissance en justice qu'il fust coupable ; le meurtry s'appelloit Messire Aubery de Mcndidicr, et le meurtrier Mâchant 'sic), tous deux

Appendice. 329

de la cour du Roy. Mâchant avoit caché et couvert le corps de feuilles et d'herbes, mais le Lévrier, qui aymoit son maistre, demeura auprès de luy , jusqu'à ce que la faim le fit aller à la cour quérir sa vie. Et si tost qu'il aperçut le meurtrier, il luy courut sus, et le vouloit étrangler, et tant de fois après en avoir esté séparé , retourna contre luy, qu'il mit en suspicion le Roy et sa Noblesse, de manière que, s'en retournant vers le mort, il fut suivi par quelques familiers du deffunt, qui trouvèrent le corps dudit deffunt dans le bois, navré en plusieurs lieus, et en firent leur rapport au Roy Charles V , lequel assembla son conseil , et fut déterminé , que pour vérifier le meurtre et trahison, Mâchant combatteroit le Lévrier (1); jour baillé pour la bataille en l'Isle Notre Dame, et à l'heure du combat, on enfouit Mâchant jusques au faix du corps, en telle manière toutefois qu'il pouvoit tourner tout à son aise , et luy furent baillé un écu et un baston pour toutes armes. Les amis du deffunt tenoient le chien , et l'ayant laissé courir , il courut sus au meurtrier, de tel courage et violence qu'il le prit par la gorge avec les dents , et luy fit confesser sa trahison et demander miséricorde au Roy. Ainsi le loyal Lévrier, un chien, une beste, par la grâce et aide de Dieu, prouva la vérité, et semble par cet exemple que Dieu veuille et permette que les cas obscurs et faits en trahison soient prouvés par des moyens extraordinaires, pour en estre fait la punition ; car ledit Mâchant fut pendu et étranglé au gibet de Montfaucon (2) , et le corps du deffunt sépulture hono-

1 . A la marge on lit : « Ce combat du lévrier et du meurtrier de son maistre est peint au manteau de la cheminée de la grande salle du château de Montargis. »

2. A la marge : « Vulson alléguant cette histoire, dit ne scavoir le eenre de mort. »

rablement comme loyal chevalier. Il y a dans les histoire<; anciennes un pareil exemple (i), etc.

[Lettres et Mémoires d'Estat , etc., par Messire Guillaume Ribier, conseiller d'Eslat. Paris, 1666, in-fol. , t. I,

p. }M-ÎI2.) 1 . Celui du chien de Pyrrhus. Ribier le rapporte.

Li quai fi faire un de qui de Magan.

Magan pour Mayence^ ai- je besoin de le dire ? n'est pas une forme française, et le vers tout entier, même en le rétablissant ainsi :

La quel fist faire un de cels de Maian,

ne serait pas dans les habitudes de langage du XII'^ n du XII I^ siècle. La leçon que je propose, au contraire, est calquée sur une forme que les trouvères du temps emploient presque toujours au début de leurs poèmes.

Como fu l'inperer K. el man.

A ce vers inadmissible j'en substitue un autre de même valeur, qui se retrouve partout, et , par exemple, au début de la chanson d'Aspremont :

Plaist vos oïr bone chançon vaillant De Karlemaine, lou riche roi puissant.

(Ms. fr. 2495.)

Je ne crois pas que maine ou magne, ait jamais été employé sous la forme m^rt. Cependant j'ai trouvé, en prose, Challement :

Parce qu'il estoit du lignage le grant Challement. [Chroniques de Saint-Denis, Hist. de France, t. X, p. 304.)

^^2 Macairk.

Dont en morurent maint chevalier vaillant.

Vers emprunté presque lilléralement à la chanson dr Huon de Bordeaux (p. 4).

Li fel Macaires ceste oevre ala brassant.

Brasser une auvre, une trahison, une honte, sont des locutions fort en usage au temps où fut composé notre poëme. Exemples :

Moult maudit les traitres qui cheste oevre ont brassée. {Guide Nanteuii, p. 9$.) IccUe n?nie que Lanbcrs m'a brassée.

{Auberi le Bourguignon, ms. La Val. 40, fol. 77 v", col. i.) Chier lor vendra ce que il ont brassé. Bune d'Hiinston'.,m$.U. 12 $48, fol. i8j v«, col. 2.]

Le mot engan du texte de Venise, qui est Vinganno Italien, se trouve bien en provençal , mais je doute fort qu'on en rencontre un exemple français, quoique le verbe enganer {prov. enganar, ital. ingannare) reni-

f)lace Quelquefois engigner, qui paraît être la vraie orme française.

Par foi, dist Hues, nous sommes engané.

{Huon de Bordeaux, p. 1 1 ).) Quant il parçut qu'il estoit enganés.

Kaynouard ne cite qu'engaigne sous le mot pro vençal engan , et encore à tort ; car engaigne correspond non pas à engan , mais à la forme féminine enguana .

Il eut été facile de calquer le vers que j'ai essayé de refaire en lisant :

El por Macaire fu tos ici! engans ;

mais cette leçon, même en admettant la forme engan ,

n'eût guère satisfait quiconque a l'habitude et le sentiment de notre vieux langage.

P. 3, V. 7 : Savoir certainement , savoir veraiement y savoir à esciant, sont des locutions fréquentes :

Car bien savons por voir certainement,

{Aspremont, ms.fr. 249j,fol. 106 v".) C'est des genz K., sachiez veraiement.

[Id.y fol. 107 ro.) Gel sai à esciant.

ijd., fol. 106 ro.)

P. 3, V. 8 : £f deriere et devant. Locution qui reviendra souvent dans notre poëme, tantôt sous cette forme, tantôt sous la forme et avant et arrier. On employait figurément et au même sens les locutions sus et jus, aval et amont (haut et bas), environ et en lez, qui signifient , lorsqu'elles ne sont pas prises au propre : en tous sens, de toute manière, complètement. Le plus souvent, ces façons de parler sont purement explétives.

Tant dist Balans et avant et arier Qu'il fist Naimon à ceie fois laissier.

{Aspremont, ms. fr. 2495, fol. 99 r».)

Tant m'a parlât et avant et arier Que de saiens s'enfuï ma mollier.

(Rûfoul de Cambrai, p. 288.)

A grant mervelle le déust bien prisier Et tôt si homme et devant et derier.

{Chevalerie Vivien, ms. de Boulogne-sur-Mer, fol. 87 ro, col. 2.)

P. 3 , v. 9 : Hom si sovrains. C'est soverain qui est la forme primitive ; mais, à l'époque oii nous sommes, on emploie indifféremment les deux.

Com Kallemaines, li riches rois puissans ;

5^4 Mac Al re.

ou, si l'on veut :

Corn Kallcmaines, l'emperere des Krans.

P. î,v. is :

Conseil d'enfant n'aloit mie cscoutani.

Cet éloge revient souvent sous la plume des trouvères, qui tenaient que

Faus est li hom qui croit conseil d'enfant. [Huon de Bordeaux^ p. IJ9.)

P. 4, V. 10 : Entro Pans. Je restitue : Droit <i Paris, en m'autorisant de nombreux passages, et entre autres de celui-ci :

Droit à Paris, celé cité vaillant Sunt asenblé Angevin et Normant.

[Aspremont, ms. fr. 2 49J,fol. 81 v*".)

Et tant que vinrent Caillâmes et Bertrans.

C'est Guillaume au court nez et son neveu Bertrand, qui, en effet, selon les récits des trouvères, ne se signalent qu'après le règne de Charlemagne , sous celui de son fils l'empereur Louis.

P. ^, V. 9 : Francor.

L'ost Francor. — La terre Francor.

{Aspremont, ms. fr. 249$.;

Et li dus Naimes, ses boins conseléor.

Je n'ignore pas que conseillère était la forme du sujet cl conseléor la forme oblique ; mais je n'ai pas cru devoir, ici et ailleurs, me montrer plus scrupuleux que les meilleurs trouvères, qui , pour le besoin de la rime, ont violé sans façon les lois de notre ancienne déclinaison. Je choisis entre mille les exemples ci-

Notes. 3J5

après que je trouve dans une même tirade fort courte de la chanson d'Aspremont (ms. fr. 2495 , fol. 70) :

Ce dit Balanz : « Enten, emperéor. »

11 eût dû dire : emperere, car le vocatif et le nominatif se traitaient de même.

Dist l'emperere : « Il ment li lechéor, »

au lieu de : // lecherre.

El ce n'est pas seulement à la rime qu'on trouve par milliers de semblables fautes ; exemple :

Quant paien virent que Franceis i out poi,

Entr^els en ont e orgoil e cunfort ;

Dist l'un à l'altre : « L'emperéor ad tort. »

{Chanson de Roland, éd. Genin,p. 163.)

au lieu de : l'emperere.

P. 5, V. 16 : Soffrir peine et dolor. [Auberi le Bourguignon, ms. La Val. 40, fol. i, col. i r».)

Sor tos les autres avoit cil la valor.

Je suppose que corlor du texte vénitien est pour poignêor, feréor; mais je ne retrouve ce mot coréor qu'au sens particulier de coureur d'avant-garde , et non au sens général de vaillant, de hardi combattant, de courageux guerrier. Je le remplace donc par une locution qui me paraît fort bien s'adapter au sens du passage et que j'emprunte à la chanson d'Aspremont, où Naimes dit en parlant de Charlemagne :

Car après Deu a sor tos la valor.

P. 5, v. 19 : l'umainrie criator, le créateur de l'humanité. A ne voir que le texte de Venise on pourrait croire que li maine est pour ille magnus , le grand ; mais nulle part, que je sache, on ne trouverait semblable exemple. Au contraire, la leçon que je pro-

pose se justifie par le vers ci-après de ia chanson d'Aspremont :

Dex le garisse, l'umainne criator.

(Ms.fr. 2495, fol. inr«.) P. 6, V. 5 :

Quant les traï à li rois almansor.

Il se pourrait bien que le compilateur italien eût pris Almansor pour un nom propre, puisqu'il le fait précéder des mots : à U rois. 11 avait évidemment sous les yeux, dans le texte français, le mot aumaçor (provençal, almjsior)y qui, comme l'on sait, désigne un chef arabe , un Imir.

J'ai restitué ce vers d'après le sens général qu'il me paraît renfermer, mais sans pouvoir exactement me rendre compte du moiançontr. Ce mot se retrouve dans le texte italianisé de la chanson d'Aspremont que renferme le ms. fr. 1^98. Ogier le Danois dit à l'empereur :

Biem porai por mon cors vostre droit defenser,

et l'empereur lui répond :

Ogier, dist Kalle, trop estes ançoner.

(Fol. ior«, col. I.)

vers qui répondent à ceux-ci du ms. La Val. 123 :

Et bien sarai vostre droit desresnier.

— Vus n'iroiz mie, ce dist li rois, Ogier.

Crani cort tint Kalles l*emperere au vis fier.

GaYDON, p. 29^, V. 33 :

Kjrles i entre, l'cmpcrcrc au vis fier.

On pourrait lire aussi : nostre emptren ber (voyez Gaydon, p. 1), ou : nostre tmperen fier {id.y p. 303).

Notes. 357

Par droite force et avoir sa moillier.

Par droite force j locution qui revient souvent dans les poëmes du moyen âge, et oij le mot droite n'indique nullement que l'emploi de la force fût légitime :

En Rome n'a capele ne mostier Ne soient ars, fendu et peçoié ; Par droite force i sont entré paien.

{Ogier, t. I, p. 8.)

Il faut comprendre comme s'il y avait droit par force j tout droit par force.

Avoir sa moillier se retrouve ailleurs :

Lifei Lambers qui vof avoir m^ ois sor.

{Auberi le Bourguignon, ms. fr. 859, fol. 163 v^ col. 2.)

0 mainte dame por son cors déporter.

C'est-à-dire pour se divertir. Son cors ne signifie rien de plus que se. Mes cors, tes cors, ses cors, ne sont le plus souvent que des locutions pronominales, d'un emploi très-frequent au moyen âge. Dans quelques cas, cependant, mes cors, lorsqu'il n'est pas seul, renforce le pronom au lieu de le remplacer : Je méismes mes cors signifie : moi-même en personne.

A cort s'en vait por son cors déporter. {Gaydon, p. 12.)

Voyez des exemples analogues dans Huon de Bordeaux, p. 72, 95, 114, etc., etc.

P. 7, V. 22 : Vieler. Le texte de Venise porte violer, mais c'est une forme tirée de viola , et chez nous il ne paraît pas que viole soit de toute ancienneté. C'est viele qui était en usage au XI 11^ siècle avec son dérivé vieler.

vieler font .1, cortois jougléor.

{Auberi le Bourguignon, ms. La Val. 40, fol. 32 v», col. z.)

^^8 Macaike.

Une chanson et dire et chanter.

Voilà un vers faux, dira la critique, qui parfois règle la prosodie du moyen H^c d'après celle de ce lenips-ci. Le vers est faux, en elfet, si \'e muet s'élidait toujours ; mais rien ne me paraît moins démontré, et c'est même le contraire qui me semble établi par des exemples sans nombre qu'on peut relever dans les meilleurs textes. On me répondra peut-être que ce sont autant de leçons vicieuses à corriger ; mais refaire tous ces vers ne sera pas prouver qu'ils sont faux. Je n'entends point ICI traiter la question ; je prie seulement le lecteur de ne me pas imputer une erreur que je ne laisserais pas sans discussion inscrire à mon compte.

Je choisis dans mille exemples ceux-ci :

« Mais que la foit aie au départir. » El Bcrncçons la fiance en fist.

{Raoul de Cambrai, p. J17.

Au messaigier le donc en bailUe.

{Id.,p. }i8.) La jantil dame le monstre à ces fis.

Qui se devoit eombatre à Guion.

[Gaydon, p. Î07.) Et dist au roi : « Sire, entendis chà. »

[Bueve d'Hanstonf, ms. La Val. 80, fol. 9 v", col. 2.)

P. 8, V. 6 : reçaier, de l'italien nscattarCy recouvrer, racheter. Il me paraît qu'«m^r (estimer) est le mot que le compilateur a voulu rendre. Il serait facile de rester plus près du texte, mais non du sens , à ce que je crois, en lisant :

Ne pèust on plus belle recovrer.

P. 8, V. 10 : Plus bêla compagne, c'est-à-dire plus belle compagnie ou union, plus beau couple. Le vers

ne se prête pas à l'emploi du mot compaigne ; j'ai donc eu recours à druerie qui , en pareil cas, est le mot le plus usité. V. Raynouard, Lexique romarij III, 79, sous drudaria.

P. 8, V. 16 : Asaçer, italien : assaggiare, essayer. On a dit asaier et essaicr en vieux français, et l'on pourrait restituer :

Bien sai la dites por mon corps asaier ;

mais esprovcTy que j'ai préféré comme plus clair, se dit aussi bien au même sens.

P. 8, V. 2G : e ardcr e bruser. — Bruser, italien, brucwr^; provençal , bruzar, bruisar. J'ai cru, en m'autorisant du provençal , pouvoir maintenir bruisier; mais mieux vaut peut-être restituer brusler, qui , avec bruïr et ardre ou ardoir, est généralement employé en français au sens de Titalien bruciare.

P. 8, v. 27 : la polvere à venter. C'est poudre qui répond exactement à polvere, forme purement italienne :

Ardoir en feu et la poudre venter.

{Gaydon, p. 20.)

Mais poudrière , pouriere , poriere (provençal , polverieyra) se trouve aussi fréquemment que poudre et au même sens. Voyez Gui de Bourgogne, p. 2^ et passim; Gaydon, p. 285 ; Aliscans (Rec. des Anciens poètes), p. 19, etc.

Ez vos Macaire entrant ens el vergier.

Rien de si connu que cette locution ezvos ou es vos, voici, voilà. Le sens en est fort net, mais l'origine en est moins claire. On a pris apparemment, au moyen âge, le mot es pour la seconde personne de l'indicatif du verbe être , puiscju'on trouve parfois estes vos , le pluriel au lieu au singulier. Je crois, comme on l'a

dit, que es ou e: n'est autre chose qu'ecce. Je ferai remarquer seulement au^ccc en latin était suivi tantôt du nominatif, tantôt de l'accusatif, tandis que dans nos vieux textes français ez est d'ordinaire suivi du cas régime. Je me conforme à cette habitude ici et ailleurs.

Et disi Macaires : « D'el vos covicnt penser. »

d'cl {de alio) d'autre chose, autrement. On disait de même : d'cl vos covunt parler.

Quant m'estordras, d'cl te covicnt parler. {Moniage Renoart, ms. fr. 774, fol. 148 r<^, col. 2.)

P. 9, V. 2 } : Or orrés ja corn... {Huon de Bordeaux, p. 129, v. 17.)

P. 9, v. 25 : ros /« membres coper^ — ou tranchier. V. par ex. Gaydon^ p. 2 j, v. i, et p. 23, v. 3.

P. 10, V. 9 : Apiçer. C'est l'italien appkcare , accrocher. Le mot français usité en pareil cas est encroer ou encrucr. Les exemples abondent. On disait également encroer à unes fourches et encroer as fourches. A unes fourqes soit Gerars encruéj.

{Huon de Bordeaux, p jo8.)

De son vita non cura anpeto pelé.

Je ne vois en italien qu'amperlo qui se rapproche d'anpelOj et rien de pareil en français. Anpclo ou amperlo a probablement pris la place d'aufou d'ail qui se trouvait dans le texte français. Rien de si commun que oef pelé ou ail pelé, comme dans ce vers :

Je ne le pris vaillant. I. ail pelé.

{Huon de Bordeaux, p. 172.)

Amperlo i\gn\(ic aubépine, et doit se prendre ici sans doute pour le petit fruit de cet arbrisseau.

Notes. 341

Or est ariere la roïne torné,

En son palais si s^en est repairié.

Il faudrait rigoureusement tornée, repairiée. Mais cet accord est loin d'être établi scrupuleusement par les trouvères. Exemples :

L'ore soit benoîte, deslivrê s'est d'un fil.

Il s'agit de Parise la duchesse. Avec deslivrée levers serait faux. Un peu plus loin on lit :

L'ore t'ust benoîte, d'un fil s'est deslivrê.

desHvrée ne conviendrait point à la rime de la tirade. {Parise la Duchesse, p. 25.)

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