‹ Macaire; chanson de gesteChapitre 87 sur 91 · V. aussi Gaydon. p · texte numérisé non relu

V. aussi Gaydon. p

Mais l'aparlerne médites noiant.

Aparler quelqu'un pour lui parler^ est une locution qui revient souvent au moyen âge, notamment dans le poème de Huon de Bordeaux :

Que s'il revient, jel vorrai aparler.

(P. lOJ.)

Et dist Macaircs : « Faons le saigement, » Feion: le et non simplement fesons ou ferons,

Notes. 549

comme au texte de Venise. Le faire ou la faire sont des locutions consacrées.

Faisons le noblement.

{Gaydorij p. 176.)

Dist à ses homes : « Saigement le fesons. » {Auberi le Bourguignon^ ms. Fr. 860, fol. 241 r^.)

P. 23, V. 16 : il est costume l'emperéor.,.. que. Raoul de Cambrai, p. 226 :

Il est costume à maint riche borgois...

Jourdain de Blaives, ms. fr. 860, fol. 11 $ v^, col. 2 :

Que n'est costume à nul franc chevalier Que son seignor doie nul jor tancier.

P. 23, V. 20 : en la chambre couchant, locution analogue à celle de chandeille alumant , qu'on trouve dans Gaydon, p. 10.

P. 23, V. 21 : faire une vengeance de. Voyez Ogier, 1 , 26 et 27.

De toi ofendre li paroit vituper.

Je ne pouvais songer à conserver le mot vituper, qui n'a jamais existé en français sous cette forme. On le trouve sous la forme vitupère, mais seulement au XIV'' siècle. (Voyez, par exemple, Bauduin de SebourCy 1 , 1 12.) Je doute fort qu'il ait été en usage au siècle précédent.

Gentil conseil te saurai bien doner.

{Huon de Bordeaux, p. 264, v. 28.)

P. 25, V. 14 : Au mot ofendre du texte italien je substitue adeser, qui est le terme propre en pareil cas :

Mais por l'anel, ne t'osons adeser.

(Huon de Bordeaux, p. 172, v. 10.)

Mciiiigicis est, ne doit iesire adesez,

Gaydon, p. iio. v. lo.) Se il m 'J voit féru ne adesé.

[Ibid., V. ij.) Mais il ne l'ont touchié ne adexé.

Id.,p. i88, ▼. ji.) IJem, ibid. : H sembler oit viltés.

Ou vUutés , comme dans ce vers de Huon de Bordeaux, p. 149 :

Car il li sanble che seroit grant vieutés.

P. 25, V. 19 : SoventefoiSf ou au pluriel, comme dans Raoul de Cambrai^ p. 169 : Soventesfoà.

P. 25, V. 24 : AV t'estuetesmaier, ou, en conservant le mol doter : ne te covient doter; ou enfin : pas ne t'cstuet doter.

P. ly^ w. i^ : ens el palais plenier. Le texte de V'enise du droiturier, dont je ne connais pas d'exemple ainsi employé; au contraire, palais plenier est partout.

Pour lui servir en son palais plenier.

{Huon de Bordeaux, p. 1 1 •) Kic.

P. 27, V. I ^ : dormir et reposer. Le texte de Venise dit polser, français pousser. J'aurais pu employer ce terme en restituant :

Ens en lor chambre et dormir et pousser.

Mais je ne trouve le mot qu'un peu tard, dans une version en prose d'un de nos anciens poèmes : Il fist semblant de dormir et moult pousse et souffle {Miles el AmiSj exemplaire sur vélm de la Bibl. imp., fol. 76 v®. Antomc Verard, sans date). Au contraire, on rencontre fréquemment la locution dormir et reroser :

Onqes n'i pot dormir ne reposer.

(Aliscans^p. 77, y. 16.)

Notes. 351

Deriere l'uis de la chambre roiel.

Regiel se trouve déjà dans la cantilène en l'honneur de sainte Eulalie. Roiel est dans la chanson de Parisc la Duchesse , 2«édit., p. 25, où il rime, comme ici, avec des mots terminés en é et en er.

De traïtor ne se puet nus garder.

Ou gaitier, comme dans Gaydon, p. 128 :

De traïtor ne se puet nus gaitler.

P. 29, V. 6 : com ert acostumés, ou, pour conserver le mot usé du texte italien : com il l'avoit usé.

Se mes ancestres l'a ensement usé.

{Huon de Bordeaux^ p. 174.)

P. 29, v. 9 : icesdras. Le texte de Venise dit pani, mais précédemment, p. 26, v. 23, il porie drape. Dans le premier cas, le compilateur a conservé !e mot français; dans le second, il le remplace par un mot purement italien, au moins en ce sens. Pan, en vieux français, signifiait un morceau d'étoffe et ne se prenait point au sens de vêtement.

Qui li véist ses dras desrompre et desmaller, Et par panz et par peces aus pores ganz doner.

[Parise la Duchesse, 2^ édit., p. 20.) La dame le conroie à un pan de cender.

(/rf.,p. 2Î.)

P. 29, v. 13, 14 : Il y a ici dans le texte de Venise une répétition que je n'ai pas cru devoir reproduire.

S'en est issu en la sale el pavé.

Ou encore :

S'en est issu par le palais pavé.

Cf. Gaydorij p. 1 1 1 .

P. ji, V. lO : cuivert nnoii. Voyez Huonde Bordeaux, p. 5 5 et passim.

... Sire, par foi vos le saurès.

Cf. Huon de Bordeaux, p. 245, v, 4 clpassim.

P. ■^l, \. 2 : qui tôt a t) juaier. Locution des plus fréquentes. Voyez, par exemple, Gjydon, p. 180, et Huon de Bordeaux, p. 295. Cette locution s'adapte ici fort bien au sens du vers. Peut-être, cependant, pour rester plus près du texte italien, faut-il lire : (jui tout a à baillier {Huon de Bordeaux y p. 11), ou encore : ^ui le mont doit jugier {id., p. j).

Maléurée, lasse se vait clamer.

Aliscans, p. 86, V. 30 :

Sovent se daime lasse, maléurée.

Qui l'achoisonne et dure et asprement.

On saitque lesadverbescomme<i5^r«m;/ir sont formés d'un adjectif ou participe au féminin et du mot ment, issu de mens, mentis [aspera mente). Dans l'ancien français comme en provençal, quand deux adverbes de cette classe se suivent , le second seul est complet, et la finale ment sert ainsi à deux fins. Dure et asprement pour durement et asprement.

A une part l'en mènent coicmcnt.

Ainsi restitué d'après ce vers de Gardon (p. 229) :

En cel broiliet l'cnmcnrons coicment.

C'est sans doute ce mot coiement que le compilateur italien a remplacé par secretament.

Notes. 55^

Vers la roîne que furent tant embronc.

Enpron, du texte italien, m'a paru le même quUnbron, qui se lit au vers 18 de la page suivante, où il est employé au propre, tandis qu'ici il aurait, selon moi, un sens figuré. Il peut se faire cependant qu'enpron signifie ici empressé. En ce cas, je propose de lire :

Vers la roïne qu'ont tant aïrison Que de l'ocirre.

On pourrait même se servir ici de l'adjectif :

Vers la roïne que sont tant aïrouz Que....

Aïrouz j dans Gaydon , p. 17, et ailleurs , se trouve à la rime dans une tirade en on.

P. 3^, V. 19 : Sans point de raençon.

De même Gaydon, p. 301 : Sans point d'arrestison.

P. 35, V. 22 : n'est mie as autres bon.

Volt le Auloris, ne lifa mie bon.

AuBERi LE Bourguignon, ms.fr. 860, fol. 245 vo, col. I :

François le voient, ne lorfu mie bon.

P. 36, V. 8 et 27, et p. 38, V. 4. Je n'ai pas cru pouvoir conserver le mot çuçeson du texte italien, qui serait sans doute jugeoison ou jugison en français. Mais je n'en connais pas d'exemple, et il me semble que çuçeson est encore ici une de ces simplifications d'expression si familières à notre compilateur.

P* 37j V* 7 • élurent noise et tenson. Gaydon, p. 93 :

Qui son seignor muet noise ne tenson.

P. 37, V. 13 : vos en menés si lonc. Ou mieux peut-être : vos traies si en lonc.

Macaire. 2J

)S4 ^ KCA\ RE.

P. J7, V. I ^ : honte (n iWrés et reprovur. C'est une locution qui revient à chaque instant dans nos vieux poèmes. Voyez Préface^ p. cxxix.

Tel duel en ot par pot d'ire ne j ont. GaYDON, p. 516 :

Lors a tel duel à pot d'ire ne font.

On disait également i) poi o\ipar poiy mais dans cette locution si fréquente on trouve plus souvent fcnt que font, et l'image est alors beaucoup meilleure.

Et si n'ont cure quels est s'estracion.

C'est ce vers ou tout autre de même sens que notre compilateur italien a si étrangement traduit dans son largon barbare :

Ni no sa mie de qi fila ela son.

traduction aussi absurde qu'incorrecte; caries barons de Charlemagne ne peuvent ignorer l'origine de la reine, seulement ils ne s'en inquiètent pas, ils n'en tiennent pas compte, Voilû le vrai sens. J ai donc remplacé ni no sa mie par et si n'ont cure, locution bien connue. Pour ^ifMi/o/j, voici des exemples qui me justifient :

PlaiM vos oîr quels est s'astration P

vMs. fr. 1448, foi. 29) r«, col. 1.)

F^lus loin, dans le même manuscrit, on lit :

.IIII. jeans de maie estracion.

(Fol. J22 vo, col. I.)

et dans le Montage Renouart, ms. de Boulogne-sur- Mer, fol. 182 r*, col. 2 :

Véf là un homme de grant estrasion.

P- J9i ^ ] : faire lonc sermon.

Notes. 355

KuoN DE Bordeaux, p. 281 : trop faites lonc sermon.

P. 39, V. 4 : amendison. Voyez AliscanSy p. 212, et Gaydon, p. 124.

P. 39, V. 6 : S'ek i a colpes, expression empruntée au poëme de Parise la Duchesse. Voyez notre édition de ce poëme , p. 10: Madame n'i a colpes.

P. 39, V. 8 : Nos la respiterons, et non resplenteron comme au texte italien; de même qu'il faut lire à la p. 41, V. 8, respitier 2iU lieu de resplaiter.

Par Saint Denis, distli quens Brachefier, Par itel chose dois estre respitiés.

{Couronnement Loéys, ms. de Boulognesur-Mer, fol. 27 r», col. i.)

Quant por avoir est tes cors respitiés.

{Id., fol. 28 r», col. 2.)

« J étais perdu, dit le duc Naimes dàiis Aspremonty quand Balant prit ma défense » :

A moult grant peine me pot il respitier. (Ms. fr. 2495, fol. 103 ro.)

P. 39, V. 11 : ovraigne.

Quant voit sa gent morir à tel ouvraigne.

(Anséis de Cartage, ms. fr. 12J48, fol. 69 v», col. I.) V. aussi Gaydon, p. 164.

P. 39, V, 13 : regnier (royaume). On disait au même sens règne ^ régné, regnier ou renier [regnum regnatum , regnarium ). Les deux premières formes sont les plus connues; la troisième l'est moins, parce qu'elle ne revient pas à beaucoup près aussi fréquemment. En voici deux exemples :

Dont vuidiés mon regnier.

{Ogier,v. 3213.)

Il ne a marche ne pais ne renier.

[Huon de Bordeaux, p. 7.) P. }9,v. 18 :

De soe fille d tel vilté jugier;

à tel vilté pour si vilment, ou, avec la forme contracte, à tel vieulè, comme dans ce vers de Huon de Bordeaux

Quant en vo vile estes à tel vieuté.

Conseil vos doin que l'aliés espargnier;

espargnier, pour conserver du texte de Venise, se justifie par & nombreux exemples, par ceux-ci entre autres :

Faites moi pendre et au vent encroer ; Mal ait qui m'en espargne.

{Amis et Amiles, ms. fr. 860, fol. 96

V", col. 2.)

Par le doloive furent trestuit noie, Fors sol Noël que il ot espargnii.

{Aspremont, ms. fr. 2495, fol. 72 v\)

P. 41, v. 4 : contralier {oucontraluier). C'est la forme ancienne ia plus fréquente du mot contrarier. Exemples :

Je voi ici Ogierqui à me contralie.

{Gui de Bourgogne, p. j.)

Icz tu venu por nos contraloier ?

{Gaydon,p. joj.)

Et si li dist : « Emperere, frans ber ; ainsi restitué d'après ce vers de Huon de Bordeaux (P- 299) •

S'il est ensi, empercres, frans bers ;

en supprimant \'s à'empereres et de bers , mots dont le

Notes. 357

sujet au singulier se distinguait fort bien du régime sans cette addition.

P. 41, V. 8 : mettre en respitier (différer).

Geste bataille mettez en respitier.

{Gaydon, p. 182, v. 10.) P. 41, V. 1 1 :

Et s'aucuns est qui ce voille noier.

Dans une situation identique, le traître Thibaut dit :

Se cest afalre voloit noier Gaydon.

{Gaydon, p. 18.)

On peut lire aussi , en restant plus près du texte de Venise :

Et s'aucuns est qui voille i contrester.

Mal de celui qu'osast vers lui tenser.

Gaydon, p. 22 :

Fransois oïrent lor seignor desraisnier ; Mal soit de cet qui ost lever le chief ;

et p. 157:

Tense vers lui, et vers lui guerre enprent.

Quant voit dus Naimes le roi asoploier.

AuBERi LE Bourguignon, ms. fr. 859, fol. 1 ^6 v®, col. I :

Quant Lambers l'ot ainsi asoploier.

P. 43, v. 6 : c'ot el cuer déablie.

Ici le compilateur italien a certainement changé la rime : c'ait le cor enbrasie n'est pas une locution du temps, et, en tout cas, il faudrait : cet le cuer embrasé. Peut-être lisait-on dans le texte français : c'ot le cuer espris d'ire (car ire se trouve à la rime dans des tirades

H^ Macaii^e

en U). J'jù peosé ou'on pouvait admettre aussi la leçon que )e propose : Sfjcairc éuit endiablé contre la reine, ùéjhlu, Jiablie, diablerie, sont fréquents dans nos anciens poèmes. Voir, par exemple, Gaydon, p. 120; le Sure de Thebes, ms. fr. 37 j, Jol. 36 r^, col. 3 ; les Enfances Ogier, ms. fr. 1471, fol. 64 r».

De la roinc jugler si s'asoplie.

On disait au même sens asoplier ou asoploier et asoplir.

Charles l'eQteDt, moult en fu asouplis.

[Huon de Bordeaux, p. 6j.) P. 43, V. II :

A lui l'amènent de samit revestie.

Gaydon, p. 182 :

Ferraut amainnent au roi. Alixandre, p. 231, éd. Michelant :

De dras religious fu toute revestie.

P. 43, V. I J : d'un cfiier paile roê, expression consacrée et oui revient à chaque instant dans nos vieux poèmes. Voir, par exemple, Alixandre, p. 342, édition précitée.

Bel ot le vis corne rose en esté.

Je m'éloigne un peu du texte, qu'on ne peut d'ailleurs restituer en le serrant de trop près. On pourrait s'en rapprocher davantage, mais en répétant les mots coloré cl dcscoloré , qui , Uans le texte de Venise, terminent ce vers et le vers suivant. On pourrait lire, par exemple :

Ses vis qu'esloii rt bcl$ et colorés,

Or est tôt pales et tôt dcicolorés.

Mais mieux valait reproduire ici une comparaison qui

Notes. ^59

revient si souvent dans nos anciens poëmes. Exemples :

Plus sont vermel que n'est rose en esté. Plus est vermaille que n'est rose en esté.

(Ms. de Boulogne-silr-Mer, fol. 177 r", col. 2.) La rose samble en mai la matinée.

iAliscans,^. 33.)

Celé le voit sel prent à araisnier,

d'après Gaydon, où on lit, p. 92 :

Gaydes le voit sel prent à arraisnier.

P. 43, V. 21, 22 et 23.

II ne faut pas s'étonner d'entendre la reine dire, dans le même temps, au roi : tu et vos. Rien de plus fréquent dans nos anciens poëmes. En voici un exemple choisi entre mille :

Ramenrai toi en France à sauveté Et tous iciaus que tu as à guier, Se nel perdes par vostre malvaisté.

{Huon de Bordeaux, p. 104 )

P. 43 , V. 22 : Si fait au sens de tel , con fait au sens de quel, sont des expressions dont les exemples abondent dans tous les textes.

Ne se me vint en cuer ne en pensé.

Cf. Parise la Duchesse, 2^ édit., p. 8, v. 27.

P. 45, V. 4 : por noient en parlés , ou , mieux peutêtre, comme dansHuon de Bordeaux, /. 3 : pour noient en plaidiés.

P. 45, V. 9 : Qui son segnor faut

FlERABRAS, p. 7 :

Qui son droit signeur faut, il n'a droit de parler.

p. 4j,v. 13 et 14 :

N'aimes Toi, s'en a le chiet crolle , A soi méisme a dit sans delaier;

leçon empruntée presque littcralemeni au poème de Caydonip. 93, v. 3 et 4) :

RioUrcntcnl, s'en a le chief hocié; A soi méismez a dit sans delaier ;

P. 4^, V. 16 : Mar verra Kalles

Gaydon, p. 163, V. 10 :

Mar vistez onques les gloutons deffaez.

P. 4S, V. 17 : cnganè. C'est une forme très-voisinc de l'italien mgannare. Le mot le plus usité en ce sens est (ngignur.

HuoN DE Bordeaux, p. 98 :

Sainte Marie com fui mal cngignié !

Mais dans ce même poëme, je l'ai dit déjà, on trouve aussi cnganer :

Tant m'cnorta et tant m'ot cnganc.

Li emperere oui douce France apent.

On pourrait lire aussi, comme dans Huon de Bordeaux^ p. 179 :

Li emperere ù douce France apent.

Ne face d'elc faire le jugement Je suis de près le texte de Venise. Mieux vaudrait lire peut-être :

Que ne la face mener par jugement.

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