‹ Macaire chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Venise, avec un essai de restitution en regardChapitre 107 sur 118 · RACONTÉE PAR GACE DE LA BUIGNE · texte numérisé non relu

RACONTÉE PAR GACE DE LA BUIGNE

Se on disoit que chiens de France Ne sont pas de si grant vaillance Comme les chiens dont j’ay parlé , Qui sont d’estrange pays né ,

Je monstreray bien le contraire ;

Car je n’ouys oncques retraire De chien nulle si grant merveille Comme du levrier d’Aubery De Montdidier , pour voir le dy.

L’histoire trop longue seroit Qui toute la reciteroit ;

Aussi est elle aux paroiz paincte :

Pour ce la scaivent des gens mainte.

Si vous diray par briefz mots Ce que myeulx en fait au propos.

Ledit Aubery chevauchoit ,

Avec lui son levrier menoit ,

Tant qu’il vint au bois de Bondis ,

A trois lieuves près de Paris.

Là convint qu’il éust à faire ;

Car ung hom de mauvaise affaire, Qui Macaire estoit appellé..

Appendice.

Si Paconsuivy tout armé ,

Et le tua mauvaisement Sans qu’il y eust defiement.

Mais quant le chien vit qu’estoit mors,

Toutae fueilles couvrit le corps.

Là se tint jusqu’à l’endemain ,

Et adonques lui print la fain.

A la court 3u roy s’enfuy ,

* Où il avoit esté nourry Avecques Aubery son maistre,

Qui en la court avoit bon estre ;

Car il y estoit moult aymé.

Le chien a Macaire trouvé Séant à la table du roy ;

Car estoit hom de grant arroy ,

Et avoit grant auctorité Envers la royal majesté.

Si l’aperceut ens emmy l’heure ,

Pour le mordre lui courut seure ,

Si que tantost Peust affolé,

Se îllecq n’éussent esté

Les escuiers qui là trenchoient

Devant les seigneurs qu’i estoient (i) ,

Qui le reboutterent arriéré ,

Si regardèrent la maniéré Que le levrier une pain happa Sur la table , qu’il emporta Tout droit à son maistre Aubery,

Qui gisoit mort au bois fueilly.

Et l’endemain, et le tiers jour ,

Le levrier fit icellui tour En venant quérir à manger ,

Aussi pour son maistre venger ,

Car là où il trouva Macaire Toudis lui voulut il mal faire.

A la bouche Aubery mectoit

i. Ms.: qui là estoient. Vers fauy.

Macaire.

De la viande qu’il emportoit.

Pour scavoir ce que povoit estre ,

Le roy suyvir jusqu’ à son maistre Le fit : si fut le corps trouvé D’Aubery qui estoit tué ;

Puis fit le roy commandement Qu’enterré fut solempnelment.

Et Macaire par suspeçon Fit prendre et mener en prison ,

Puis fit assembler son conseil.

Dit l’un des saiges : « Je conseil « Que Macaire et lelevrier « Soient mis en ung champ plainier , a Et se combatent bien et fort :

« Là verra on qui aura tort ;

« Et cellui qui sera vaincu ,

« Si soittraynéet pendu. »

Ceste deliberacion Fut du conseil conclusion.

Et fut à Macaire assignée ,

Pour combattre au levrier, journée A Paris , la noble cité.

Bien en voulsist estre acquicté Macaire , car a acceptée Malgré lui ladicte journée ;

Car bien scavoit qu’avoit mis mort Auberi son maistre à grant tort.

Le jour de la bataille vint ,

Qu’un des amys Auberi tint Le levrier au boult de la lice.

Celui ne fut ne fol ne nyce ,

Car l’avoit amené devant Pour ce qu’il estoit appellant.

Macaire assez tost vint après En l’Ille Notre Dame ez prez ,

Où le peuple estoit si très grant Qu’en lieu on n’en vit oncques tant.

Là se combatit le levrier

Appendice.

A Macaire le chevalier,

Qui fut tellement desconfit Que de sa bouche regehit Qu’avoit voulu le roy trahir Et avec la royne gésir,

Qui estoit si très preude femme Qu’on ne vit oncques meilleur dame,

Et qu’Auberi de Montdidier

Qui estoit maistre du levrier

Avoit par trayson occis ..

Aux bois qui sont près de Bondis.

Si fut pendu en ung gibet Pour la trayson qu’avoit fait.

De preuve n’a mestier'l’histoire,

Car en France est toute notoire.

(Ms. de la Bibl. imp., Moreau , 1 68 5 . Coll. Mouchet, 9; volume intitulé : Sur la chasse avant 1400 [1].)

Extrait d’un Manuscrit de la Bibliothèque Impériale, intitulé au dos :

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