‹ Macaire chanson de geste publiée d'après le manuscrit unique de Venise, avec un essai de restitution en regardChapitre 110 sur 118 · Ms. lent · texte numérisé non relu

Ms. lent

Macaire.

Extrait du Livre de la Chasse de Gaston Phébus, comte de Foix.

Encore pour mielx affermer les noblesces des chiens, feray ore un conte d’un levrier qui fu d’Auberi de Montdidier, lequel vous trouverez en France paint en moult de lieux. Auberi si estoit serviteur du roy de France, si s’en aloit un jour de la cour vers sonostel. Ainsi qu’il s’en aloit et passoit par les boys de Bondis, qui sont emprès Paris, et menoit un très biau et bon levrier qu’il avoit, un homme qui le héoit par envie, §enz autre raison , qui estoit appelé Machaire , si li courut sus dedanz le boys , et le tua senz deffier et senz qu’il s’en gardast. Et quant le levrier vit son maistre mort , si le couvri de terre et de fueilles , au mielx qu’il pot, aux ongles et au musel. Et quant ce vint au tiers jour, pour la grant fain qu’il avoit, il s’en fevinst à l’ostel du roy, et là trouva Machaire, qui' estoit grant gentilz homs. Et tantost que le levrier l’apperçut, si li courut sus, et l’eust afolé se on ne li eust deffendu. Le roy de France, qui saiges et appercevans estoit , demanda que ce estoit , et l’en h dist toute la vérité. Le levrier prenoittout ce qu’il povoit des tables, si le portoit à son maistre et li mettoit en sa bouche. Et ainsi fist le levrier par trois ou par quatre jours. Dont le fist suivir le roy pour véoir où il portoit ce qu’il povoit avoir de l’ostel. Si trouvèrent Auberi qui estoit encore là où le levrier lui portoit sa viande. Adonc le roy, comme j’ay dit que saiges estoit, fist venir pluseurs des gens de son hostel, et fist applainnier et grater et tirer le levrier par le colier aval

Ap pen dice.

Fostel ; mais il ne se bouga. Et puis fist prendre à Machaire une piesce de char et la li fist donner au lévrier. Et tantost que le levrier vit Machaire, il laissa la char et courut sus à Machaire. Et quant le roy vit cela , il ot grant souspeçon sus lui , si li dist qu’il li convenoit combatre encontre le levrier. Et Machaire si commença à rire. Maiz le roy le fist de fait. Un des >arenz d'Auberi vint à la journée, et pour ce qu’il vit a grant merveille du levrier ; il dist qu’il vouloit jurer e serment qui est acoustume, pour le levrier. Et Machaire jura de l’autre part. Si furent menez en l’Isle Nostre Dame à Paris ; et là se combatirent le levrier et Machaire, qui avoit un grant baston à deux mains, et tant que Machaire fut desconfit. Donc manda le roy que le levrier feust retrait arriéré , qui le tenoit dessoubz soy. Si fist demander la vérité à Machaire , lequel recognut comment il avoit tué Aüberi en trahyson et fut pendu et trahyné.

(Ms. de la Bibl. imp., Moreau, 1 68 5 , coll. Mouchet, 9. Volume intitulé : Sur la chasse avant 1400.) • !(

Extrait du Livre des Duels, d’Olivier de La Marche.

Si trouverez es anciennes Cronicques comme par un levrier fut accusé un Chevalier, non par paroles mais par fait, et dont le cas du meurtre qui ne pou-

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voit estre atteint ne prouvé , fut par le levrier aidé à la grâce de Dieu , tellement que le cas meurtrier vint à la cognoissance de justice , et dont la punition fut faite telle qu’il appartenoit.

Et dit la Cronicque qu’un Chevalier avoit un autre Chevalier à compagnon , et pour ce que le compaignon estoit homme de vérité , et de grande vaillance , et de grande renommée, et estoit estimé, aimé et honoré du Roy et des Seigneurs , et avoit avancement devant le Chevalier, ledit Chevalier print telle envie et hayne sur son compaignon , que malicieusement et par orgueil, eux estans en un bois, le Chevalier frappa son compaignon d’une espée par derrière, et l’occit; et ne se pouvoit ceste chose preuver, car nul ne l’avoit veu que le levrier, qui par paroles ne le pouvoit descouvrir. Le Chevalier meurtry s’appeloit Messire Aubery de Mondidier , et le Chevalier qui le meurtrit s’appelloit Messire Machaire; et le meurtrit és bois de Bondis près Paris. Et advint que le meurtrier avoit couvert le Chevalier meurtry de fueilles d’arbres en telle maniéré qu’on ne se pouvoit appercevoir de mort. Mais le levrier, qui aimoit son maistre Aubery, demeura auprès au corps, jusques à ce que destresse de faim le fit partir, et venir à la cour du Roy querre sa vie : et si tost qu’il vid marcher le meurtrier de son maistre , il luy courut sus , et ne le pouvoit on recourre qu’il ne l’estranglast ; et tant de lois fit le semblant qu’il mit en suspection le Roy et la Noblesse, que le levrier ne le faisoit pas sans cause et sans aucune signifiance. Et pour ce que le levrier, si tost qu’il avoit mangé son repas , il s’en retournoit vers son maistre trespassé, le Roy le fit suivir par aucun de ses familiers, et trouvèrent Aubery gisant mort au bois, navré en plusieurs lieux, ramenèrent le levrier et firent le rapport au Roy. Le Roy fit prestement assembler son Conseil , et fut déterminé que pour approuver le meurtre et ceste trahison, Machaire combattroit le levrier, qui tant de fois l’avoit assailiy;

APPENDIC E.

et fut baillé jour pour faire la bataille en Pisle Nostre Dame. Es prez fut Machaire enfouy jusques au fau du corps, en telle maniéré qu’il ne se pouvoit tourner ne virer tout à sa guise ; luy fut baillé un escu et un baston pour toutes deffences et sans autres armures. L’amy de Aubery de Montdidier tenoit le levrier qui fut laissé aller et prestement courut sus Machaire , si aigrement et de tel courage qu’il le print aux dents , par la gorge, et recognut la trahison qu’il avoit faite : et le leal levrier, un chien , une beste . eut la grâce et l’aide de Dieu, et approuva la vérité ae ceste matière. Et semble par cest exemple que Dieu veut et permet que tels insults et faits en trahison soient prouvez pour en faire la punition. Car ledit Machaire fut pendu et estranglé au gibet de Montfaucon; et le corps d’Aubery allé querre par ses amis ? et sepulturé honorablement, comme leal chevalier qu’il estoit.

(Livre des Duels, autrement intitulé l’Advis de Cage de bataille, jadis composé par messire Olivier de la Marcne, et dédié à Philippes, archiduc d’Autriche. In-8. Paris, i $86, fol. 3 et 9.) . .

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