CXXX PRÉFACE
(italien : rimprovero ) à vitupéré, et la locution , jointe à el mon que je conserve, .donne exactement ce vers de dix syllabes :
Honte en aurès et reprovier el mont.
Il y a donc dix à parier contre un que j’ai rencontré juste , et plût à Dieu que je fusse partout aussi sûr de mon fait' C’est chose impossible toutes les fois qu’une idée peut se rendre par deux ou trois expressions de même valeur au fond , mais différentes en la forme , et dont fa mesure s’accommode également. La faute seule est certaine ; la correction , double ou triple, laisse place à l’incertitude, v Aubri , dit l’empe- « reur au chevalier qui doit conduire Blanchefleur « en exil, allez faire vos préparatifs de départ : »
Albaris sire, a!ez vos pariler. (P. 60.)
Pariler ne serait pas inadmissible sous la forme parillier ; mais on trouve le plus souvent en ce sens apparillier ou des synonymes tels que aprester, atorner, conréer, aaober. Apparillier seul est i rejeté par la mesure; tous les autres s’y adap-
tent fort bien. Lequel choisir? on ne sait, mais qu’importe ?
Lorsque Varocher dit à l’empereur de Constantinople :
E no son çivaler, ançi son un poltron ;
Ma s’el vos plai çençer moi al galon , Le brant d’açer (P. 212).
Je ne puis douter que poltron et galon ne soient
cxxxj
deux mots introduits là par le compilateur italien. Galon ('), au sens de côté, de flanc , n’a jamais été français, et poltron n’était pas en usage au temps où fut composée la chanson de la Reine Sibile II n’a d’ailleurs eu en aucun temps la signification que lui donne le texte de Venise : homme de condition inférieure , par opposition à chevalier. C’est garçon qui s’employait en ce sens, comme le prouve l’exemple cité aux notes. Jusque-là rien d’inceitain; mais pour le second vers il peut y avoir doute. Je lirais volontiers :
En moi n’avès chevalier, ains garçon ;
Mais se vos plaist ceindre moi au giron Le branc d’acier
Toutefois rien n’empêche de croire que le bon texte donnât :
Mais se vos plaist me ceindre au lez en son
ou : au lez selonc. Plus sûre est la correction du premier vers où je change le tour, contraint
Sue j’y suis par la double forme gars , garçon, ont la deuxième seulement convient à la rime.
On comprend à quels développements m’entraîneraient des justifications comme celles qui précèdent Je ne puis m’y laisser aller pour plusieurs raisons , et en particulier parce qu’il ne serait guère séant de faire la cuisine sous les yeux de ses convives. Tout'au plus me permettrai-je,
l. Italien gallone.
cxxxij Préface,
avant le bénédicité , de réclamer l’indulgence des plus délicats pour quelques incongruités de mon menu. J'ai pour excuse qu’on se les permettait sur les meilleures tables du moyen âge. Il s’agit des licences que j’ai prises, à l’exemple des trouvères les plus recommandables , tant en matière de grammaire qu’en fait de versification. Je suis prêt à les défendre , les armes à la main , si la critique m’appelait en champ clos; mais au cas où, dans cette joute, ma lance et mon épée viendraient à se briser, j’espère qu’on voudra bien se contenter de me recevoir à merci.
P. S. — Le manuscrit de la Bibliothèque de l’Arsenal B. L. F. 226 contient une version en prose du poème de Macaire. Je l’ai su trop tard
(jour enregistrer ce fait à sa place, assez tôt pour e noter ici. J’en ai trouvé l’indication dans le livre récent de M. Léon Gautier, les Epopées françaises, ouvrage que je n’oserais louer, tant l’auteur s’v est montré bienveillant pour moi , si la récompense qu’il a obtenue de l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres ne mettait mes éloges à l’abri du soupçon.
Le manuscrit indiqué par M. Gautier avait passé par mes mains ; mais je m’étais contenté à tort, pour en prendre note provisoire, du titre de Monglane, sous lequel il figure dans la Bibliothèque de l’Arsenal. Le jeune et savant auteur des Epopées françaises en a pris plus ample connaissance et a reconnu , jointe à divers romans de la geste de Garin de Monglane , la version que je signale après lui.
Préfac e.